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Rupture avec la Société théosophique

En 1890, Papus rompt avec la Société théosophique, dont il juge les conceptions ésotériques trop orientalistes. Il ne partage pas la position des théosophes qui revendiquent la supériorité absolue de la tradition orientale. Par son attitude, il rejoint la position de plusieurs de ses amis de l’H. B. of L . (Hermetic Brotherwood of Luxor), c’est-à-dire la Fraternité Hermétique de Luxor.

En France, c’est F.-Ch. Barlet (Albert Faucheux, 1838-1921) qui dirigeait cet Ordre, et la plupart des membres fondateurs de l’Ordre Martiniste furent membres de l’H. B. of L.

certificatPapus souhaite restaurer l’ésotérisme occidental en lui donnant un aspect plus scientifique. Il veut remettre en activité un Ordre enraciné dans l’ésotérisme chrétien pour préserver la pérennité de la tradition occidentale. Il fait du Martinisme le creuset de cette transmutation.

Après sa démission de la Société Théosophique, il donne une structure plus fonctionnelle au Martinisme. Avec Augustin Chaboseau, il rassemble quelques amis comme Stanislas de Guaita, Lucien Chamuel, F.-Ch. Barlet, Maurice Barrès, Joséphin Péladan, Victor-Émile Michelet et quelques autres. Ainsi naît l'Ordre Martiniste. Papus est élu Grand Maître en juillet 1891 et grâce à ses talents d’organisateur, l'Ordre prend rapidement un essor considérable. L’Initiation, revue mensuelle, devient son organe officiel, et un peu partout en France, puis en Europe, et dans les monde des loges sont créées.

Les débuts de l’Ordre Martiniste           

Pour soutenir son effort de rénovation de l'ésotérisme occidental, Papus fonde l’École supérieure libre des sciences hermétiques, où il donne des cours et des conférences. Il devient également l’un des membres les plus importants de l’Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix fondé par ses amis Stanislas de Guaita et Joséphin Péladan. Cette organisation devient alors le cercle intérieur de l’Ordre Martiniste.

En 1908, Papus organise un grand Convent spiritualiste international à Paris, manifestation qui ne réunit pas moins d'une trentaine d'organisations. Dans ses nombreuses alliances, Papus se laisse parfois déborder par la fougue de ses collaborateurs. Ainsi en fut-il avec l'Église Gnostique. On prétend souvent que cette dernière, fondée par Jules Doisnel vers 1889, à la suite d'une expérience spirite, devint « l'Église officielle » des Martinistes. S’il établit des liens avec de nombreuses organisations, comme les Illuminés, les Babistes, le Rite Ecossais, la mystérieuse Fraternitas Thesauri Lucis (F.T.L.) ou Memphis Misraïm, l'Ordre Martiniste n'en garda pas moins son indépendance.

conférence

Papus avait parfaitement réussi à donner au Martinisme une structure internationale ; cependant il n'était guère parvenu à le relier au système philosophique qui en constituait la source, celui élaboré jadis par Louis-Claude de Saint-Martin, selon la doctrine de Martinès de Pasqually. La cause de cet échec repose sans doute sur l'héritage trop fragmentaire qui lui fut légué par ses prédécesseurs, le « pauvre dépôt, constitué par deux lettres et quelques points ». À la lecture des ouvrages de Papus, en particulier celui intitulé Louis-Claude de Saint-Martin, sa vie, sa voie théurgique, son œuvre, ses disciples (Chamuel, 1901), on sent qu'il n'en possède pas toutes les clés. Il confond souvent le Martinisme avec l'occultisme, la kabbale avec l'ésotérisme chrétien spécifique du Martinisme. En 1901, le responsable de l'Ordre Martiniste pour les États-Unis, le docteur Édouard Blitz, lui en fera le reproche dans un Mémoire confidentiel, un rapport dans lequel il souligne avec raison les confusions de Papus.

Le Maître Philippe

Philippe de LyonEn 1894 Papus avait rencontré Philippe Nizier(1849-1905), surnommé Philippe de Lyon, personnage qui le conduisit progressivement à s’éloigner de l’occultisme pour se rapprocher de la mystique. Après Saint-Yves d’Alveydre qui fut son « maître intellectuel », Philippe Nizier fut son « maître spirituel », précise Gérard Encausse. Les deux hommes se rendront plusieurs fois en Russie. Papus entretenait en effet des relations amicales avec la famille impériale. Il fit trois voyages en Russie : en 1901, 1905 et 1906. Au cours de son séjour d’octobre 1905 à Saint-Pétersbourg, le tsar Nicolas II lui demanda de diriger une expérience dont le but était d’évoquer l’esprit de son père, Alexandre III. Le tsar souhaitait obtenir les conseils de son ancêtre sur la conduite à tenir contre les émeutes qui répandaient alors la terreur à Moscou. Le fantôme du tsar aurait recommandé d’écraser la révolte naissante, sachant qu’elle finirait cependant par entraîner la révolution du peuple russe. Papus aurait affirmé au tsar que cette révolution n’éclaterait pas tant que lui-même serait vivant.

La Guerre 1914 - 1918

La première Guerre mondiale porte un coup fatal au Martinisme. En 1914, chacun s'engage pour défendre sa patrie, et Papus se porte volontaire pour le front. Il est médecin-chef, avec le grade de capitaine. Le médecin militaire s’épuise à la tâche. Devenu diabétique, il contracte aussi la tuberculose et meurt le 25 octobre 1916. On prétend parfois que, quelque temps avant sa mort, Papus aurait confié à Georges Loiselle le soin de dissoudre l’Ordre Martiniste. Il faut dire que ce mouvement commençait à battre de l’aile depuis 1912. Cependant cette information ne s’appuie sur aucun document.

Charles Détré, dit Teder (1855-1918), se présenta comme le successeur de Papus, cependant, Augustin Chaboseau affirma qu’il ne pouvait en être ainsi, car la guerre ayant dispersé le Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste, il avait été impossible d’élire un nouveau Grand Maître.

Un Martiniste de la première heure, Jollivet Castelot, dira bientôt : « Avec Papus, le Martinisme est mort » (Essai de Synthèse des Sciences Occultes, 1928). Plusieurs Martinistes tenteront pourtant de prendre la direction de l'Ordre, et il se créa alors divers groupes revendiquant chacun l’héritage de Papus. Ces derniers modifièrent tellement sa nature que beaucoup de Martinistes préféreront ne pas s'associer à de tels projets, choisissant de garder l’indépendance. Les choses changeront en 1931 lorsque les survivants du Suprême Conseil de l’Ordre de 1891 se joindront à Augustin Chaboseau pour réveiller le Martinisme originel sous le nom d’Ordre Martiniste Traditionnel.

Papus a laissé une production littéraire impressionnante, qui lui valut le surnom de « Balzac » de l’occultisme (voir ci-dessous). Par ses talents de vulgarisateur, il contribua à la rénovation de l’ésotérisme occidental, cependant il faut souligner que parmi les cent soixante ouvrages, almanachs, revues et articles dont il est l’auteur, certains manquent parfois de rigueur.

Christian Rebisse

Bibliographie de Papus     


 

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Biographies

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