Accueil > Histoire > Le Martinisme à Époque Moderne 4/4

15 – L'Ordre Martiniste de Philippe Encausse

Jean-ChaboseauDeux ans après le retrait de Jean Chaboseau, Philippe Encausse publie Sciences occultes, ou 25 années d'occultisme (1949). Il ne semble pas partager totalement l'avis de Jean Chaboseau et invite les disciples de Papus et d’Augustin Chaboseau à refaire une « chaîne d’union ». Robert Ambelain, qui tente de maintenir l’Ordre des Elus-Cohens depuis la mort de Georges Lagrèze le 27 avril 1946, répond à l’appel lancé par Philippe Encausse et réussit à le convaincre de relancer le Martinisme. Robert Ambelain initie alors quelques membres et l’Ordre Martiniste est ainsi relancé en 1952. Il servira de vivier à l’Ordre des Elus-Cohens qui devient bientôt le Cercle intérieur de l’Ordre. Philippe Encausse devient le Grand Maître de l’Ordre Martiniste, tandis que Robert Ambelain est celui du Cercle intérieur. Le fait d’avoir à sa tête le propre fils de Papus va apporter une sorte de garantie d’authenticité implicite. Après avoir demandé l’autorisation à Jean Chaboseau, l’Ordre Martiniste relance la revue l’Initiation. Ce dernier participe pendant quelque temps à cette revue en utilisant le pseudonyme de Jean de la Chabossière.

Bricaud Pendant ce temps, le Martinisme lyonnais, créé par Jean Bricaud en 1919, poursuivait son chemin. En 1934, Constant Chevillon (1880-1944) lui avait succédé pour une courte durée, car il fut assassiné le 22 mars 1944 par la Milice. Le Martinisme lyonnais connaît alors plusieurs successeurs : d’abord Henry-Charles Dupont (1877-1960), qui démissionne fin 1945. Il est remplacé par Pierre Debeauvais (1885-1974), cependant quelque temps plus tard Henry-Charles Dupont veut reprendre son titre. Au bout de quelque mois les membres de l’Ordre finissent par se ranger du côté de Henry-Charles Dupont. Il semble qu’à cette époque, le Martinisme lyonnais n’a plus l’activité qu’il avait connu avec Jean-Bricaud. Du reste, son Grand Maître vivait en Normandie, à Coutances.

16 - L'union des Ordres Martinistes

encausse PEn octobre 1958, Robert Ambelain et Philippe Encausse prennent contact avec Henry-Charles Dupont pour l’inviter à se joindre à un groupe destiné à rassembler les divers courants martinistes : l'Union des Ordres Martinistes. Henry-Charles Dupont accepte ce projet qui rassemble l'Ordre Martiniste de Philippe Encausse et l'Ordre Martiniste des Elus-Cohens de Robert Ambelain. Henry-Charles Dupont s’associe à eux, et comme son groupe a conservé le caractère « Élus-Cohen » que Bricaud lui avait donné, il prend alors le nom d’Ordre Martiniste-Martinéziste. Henry-Charles Dupont est âgé, et les responsables de l’Union lui conseillent de confier sa succession à Philippe Encausse. Ce sera chose faite le 13 Août 1960, soit deux mois avant sa mort.

Quelques mois plus tard, en juin 1959, Ivan Mosca (Ermete), Souverain Grand Délégué Général de l'Ordre Martiniste des Elus-Cohens, se rend à San Jose, aux États-Unis pour rencontrer Ralph M. Lewis, Grand Maître de l’Ordre Martiniste Traditionnel. Ce dernier connaît bien les problèmes posés autrefois par ceux qui veulent maintenant instaurer l’Union des Ordres Martinistes. On comprend donc qu’il préfère ne pas mêler l’O.M.T. à ce groupe.

A cette époque, l’Ordre Martiniste Traditionnel, après être resté relativement confidentiel sous le parrainage de l’A.M.O.R.C., commence à étendre ses activités. De toute manière, l’Union des Ordres Martinistes n’aura bientôt plus de raison d’exister, car les groupes de Philippe Encausse et de Robert Ambelain vont se fondre en un seul Ordre, le premier constituant le Cercle extérieur et le second le Cercle intérieur. Ce mariage se terminera cependant par un divorce. En 1967, Robert Ambelain démissionne au profit d’Ivan Mosca, qui redonne à l’Ordre des Elus-Cohens son indépendance. Inquiet de la légitimité de la résurgence de l’Ordre pendant la Guerre 1919-1945, il préfère le mettre en sommeil dès l’année suivante.

17 – L'Ordre Martiniste Initiatique

ambelainA l’époque où les étudiants parisiens se révoltent, en juin 1968, soit un an après sa démission, Robert Ambelain jette un « pavé dans la mare » en lançant un nouveau mouvement : l’Ordre Martiniste Initiatique. Il expédie alors à toutes les obédiences martinistes un document de sept pages intitulé : « Ordre Martiniste Initiatique, origine, principe, et modalité de la rectification de 1968 ». Pour résumer ce texte, on peut dire qu’il dénonce comme nulles et sans valeur toutes les organisations martinistes, celles auxquelles il a appartenu et les autres, car il estime qu’elles ne possèdent pas de filiation initiatique réelle. Cependant, il précise qu’il a découvert que Louis-Claude de Saint-Martin avait fondé entre 1778 et 1782 un Ordre secret, le Régime Rectifié, que le prince Galitzine aurait développé en Russie. Le Régime Rectifié de Saint-Martin aurait survécu à travers quelques initiés...

Prétendant être lui-même détenteur de cette filiation, Robert Ambelain se propose de « régulariser » tous les Martinistes issus de l’Ordre jadis fondé par Papus et Chaboseau, qu’il considère désormais comme des « profanes ». En fait, la filiation russe revendiquée par Robert Ambelain relève du romantisme, pour ne pas dire du roman. Robert Amadou lui-même la considère comme inexistante. Robert Ambelain finira par se retirer de cet Ordre, pour se lancer dans d’autres aventures. Déstabilisé, l’Ordre Martiniste de Philippe Encausse n’en continua pas moins d’exister. Depuis 1979, Emilio Lorenzo en assure la direction, et avec sa revue l’Initiation, l’Ordre contribue depuis de longues années à faire connaître le Martinisme.

18 - L'Ordre Martiniste Traditionnel

L'Ordre Martiniste Traditionnel n'avait subi aucun dommage aux Etats-Unis et travaillait modestement, attendant que les choses s'apaisent en Europe. Ralph M. Lewis avait conservé son titre de Grand Maître Régional. Parrainé par l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, l’Ordre Martiniste Traditionnel commence à se développer en France au début des années 1960. A partir de 1965, il connaît une activité très importante et ouvre des Heptades (nom des loges de l’O.M.T.) dans de nombreuses villes. Trois ans plus tard, il compte déjà plus de vingt Heptades en France et le nombre de ses membres ne cessera d’augmenter pour en faire finalement le mouvement martiniste le plus important.

Lors d’un Convent tenu à Toulouse en mai 1993, ce furent près de 1000 membres qui assistèrent à un rituel dirigé par Christian Bernard, Souverain Grand Maître de l’Ordre depuis avril 1990, c’est-à-dire son dirigeant pour le monde entier. Depuis 1993, la juridiction francophone de l’O.M.T. a pour Grand Maître, Serge Toussaint, et comporte environ 6000 membres.

Christian Rebisse

 

 

 

Biographies

A lire également, bio-graphies des Maîtres du passé :

L-C. de Saint-Martin

Martinès de Pasqually

Jacob Boehme

Papus

A. Chaboseau

V-E. Michelet