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Le Martinisme à l'Époque moderne

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Introduction

On peut dire qu'avec la mort de Papus, pendant la Première Guerre mondiale, l'Ordre Martiniste était en sommeil. Après l’armistice, d’une manière plus ou moins régulière, plusieurs de ses membres tentèrent de le faire revivre. C’est de ces organisations que descendent les diverses obédiences actuelles se réclamant du Martinisme.

Nous n’aborderons pas ici la philosophie martiniste, sauf quant elle est nécessaire pour comprendre les options prises par telle ou telle obédience, notre soucis étant essentiellement d’exposer la manière dont sont nés ces groupes. La période de l’histoire qui marque leur genèse reste souvent confuse. Il faut dire que plusieurs historiens ont pris plaisir à brouiller les pistes. Pour ne pas compliquer les choses, nous ne parlerons pas ici des divers petits groupes marginaux actuels, qui, du reste, n’ont souvent de martinistes que le nom.

1 - Jean Bricaud

En 1919, l’Ordre Martiniste perd son unité, car plusieurs hommes se prétendent successeurs légitimes de Papus. Pour simplifier les choses, disons qu’après la guerre, deux hommes vont se présenter comme successeurs légitimes de Papus : d’un côté Jean Bricaud (1881-1934) à Lyon, et de l’autre Victor Blanchard (1878-1953) à Paris.

BricaudEn 1919, Jean Bricaud revendique le titre de Grand Maître de l’Ordre Martiniste. Il ne se présente pas comme le continuateur direct de Papus, mais de Charles Détré (1855-1918), dit Teder. Il raconte que ce dernier avait succédé à Papus, et précise que Teder, qui vient de passer à l’Orient éternel, l’a désigné comme son successeur sur son lit mort. Précisons qu’aucun témoin n’était présent au moment où Teder aurait désigné Jean Bricaud comme successeur... Comme on l’a vu précédemment, si Teder avait effectivement occupé des responsabilités importantes à l’époque de Papus, il n’avait cependant pas été élu Grand-Maître. Il n’existe d’ailleurs aucun élément permettant de démontrer qu’il occupa cette fonction.

Jean Bricaud, employé du Crédit Lyonnais, dirigeait alors une branche de l’Église Gnostique à Lyon. Faute de place, nous n’évoquerons pas les péripéties de cette petite Église marginale, fondée par Jules Doisnel en 1889 à la suite d’une expérience spirite chez Lady Caithness. L’Église Gnostique, dans laquelle Jean Bricaud était évêque sous le nom de Mgr Jean II, était embryonnaire, et elle ne suffisait pas à cet homme dynamique et ambitieux. Il avait cependant réussi à faire accepter son Église à certains Martinistes. Après la mort de Teder, il saisit l’occasion pour tenter de prendre la tête de l’Ordre Martiniste. Il se rend à Paris et présente à ses frères un document attestant de sa nomination à la tête de l'Ordre. Les Martinistes parisiens sont sceptiques et ils mettent en doute l’authenticité d’un document que Bricaud avait probablement composé lui-même. Rejeté par les Parisiens, il rentre à Lyon où il réussit cependant à rassembler un petit groupe de Martinistes sous son autorité.

2 - Le schisme lyonnais

Jean Bricaud maçonnise le Martinisme et en réserve l’accès aux Francs-Maçons titulaires du 18e grade, celui de Rose-Croix. Il réécrit alors totalement les rituels martinistes en leur ajoutant des éléments puisés dans les catéchismes Elus-Cohens que Papus avait publiés en appendice de son livre : Martinès de Pasqually (Chamuel, 1895). Par exemple, au premier grade, l’initié est désormais constitué « Associé de l’Ordre Martiniste et Apprenti Cohen, Maître Secret de la Suprême Maçonnerie initiatique et Illuminée ». Au premier abord, ses textes sont séduisants ; on y sent la démarche d’un homme qui tente de trouver des points de passage entre l’Ordre fondé par Papus et celui instauré par Martinès. Cependant, en y regardant d’un peu plus près, on s’aperçoit vite que ces rituels ne sont ni martinistes ni martinèsiste.

chevillonEn fait, avec Jean Bricaud, on assiste à la naissance d’un Martinisme hybride qui mélange le Martinisme, les Élus-Cohens, l’Église Gnostique et la Franc-Maçonnerie de Memphis-Misraïm. On se demande dans ces conditions comment il pouvait prétendre poursuivre l’œuvre de l’Ordre Martiniste fondé par Papus et Augustin Chaboseau, puisqu’il l’avait totalement dénaturé ! Le mouvement de Jean Bricaud resta d’abord essentiellement lyonnais, mais il connaîtra par la suite une certaine extension grâce à la revue les Annales initiatiques, bulletin officiel de la Société Occultiste Internationale. Jean Bricaud cherchera alors des appuis dans les quelques Ordres qui tentent de poursuivre le mouvement d’union initié par Papus avec le Congrès Spiritualiste de 1908. Il se liera parfois à des personnalités douteuses comme Théodor Reuss (O.T.O.) ou McBlain Thomson (American Masonic Federation in America). Après la mort de son fondateur, en 1934, le martinisme lyonnais passera sous la direction de Constant Chevillon, qui le dirigera jusqu’à sa mort tragique en 1944. Nous reviendrons sur sa succession un peu plus loin.

3 - Le temple d'Éssenie

Avec la première Guerre Mondiale, de nombreux Martinistes français qui avaient créé des loges dans des pays étrangers étaient rentrés au pays. C’était notamment le cas d’Eugène Dupré et de Démétrius Platon Sémélas, qui avaient fondé le Temple d'Essénie au Caire, en 1911.

Cette loge martiniste avait obtenu une certaine indépendance et en particulier le droit de créer des loges sous sa responsabilité. C’est ainsi qu’à la suite d’un contact avec Harvey Spencer Lewis, Eugène Dupré avait donné à celui qui allait bientôt fonder l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix (A.M.O.R.C.) les chartes et les documents nécessaires à l’établissement d’une loge aux Etats-Unis (juillet 1913). Hélas, le début de la guerre empêcha que ce projet n’aboutisse complètement. Eugène Dupré est mobilisé et rentre en France pour servir dans la compagnie 20/28 du régiment du 1er Génie à Versailles. D. P. Sémélas, d’origine grecque, s’installe aussi en France et entre en relation avec Papus.

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Devenus amis, il semble qu’en 1915 les deux hommes aient eu alors l’idée de remplacer le Cercle intérieur de l’Ordre Martiniste, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, alors maintenu en sommeil par F. Ch. Barlet, par celui de la Rose-Croix d’Orient. Papus chargea également D. P. Sémélas d’établir un protocole d’accord entre l’Ordre Martiniste et le Rite Ecossais Rectifié. En septembre 1916, D. P. Sémélas eut plusieurs entretiens avec Maxime Macaigne et Edouard de Ribaucourt, dans le but de créer une loge susceptible d’accueillir les membres des deux Ordres. La mort de Papus, dans les jours qui suivirent, empêchèrent l’aboutissement de ces projets.

4 – Les Amis de Claude de Saint-Martin

Après la guerre, D. P. Sémélas se consacre essentiellement à la rénovation de la Rose-Croix d'Orient à travers l'Ordre du Lys et de l'Aigle. Il continue cependant ses activités martinistes en compagnie de son adjoint Eugène Dupré en fondant le Groupe Indépendant d'Etudes Martinistes. Ils s'associent bientôt avec Victor Blanchard. Ce dernier, chef de service des archives à la Chambre des Députés, dirigeait la loge parisienne Melchissedec à l'époque de Papus. Depuis septembre 1911, elle était devenue Grande Loge de l'Ordre Martiniste. Victor Blanchard avait également occupé une place importante dans l'organisation du Congrès Spiritualiste de 1908 au côté de Papus. Après la Première Guerre mondiale, une partie des Martinistes parisiens reconnaissaient en lui le nouveau Grand Maître de l'Ordre. En janvier 1919, un traité d'alliance entre l'Ordre du Lys et de l'Aigle et l'Ordre Martiniste de Victor Blanchard (qui ne s'appelle pas encore Synarchique) est scellé. L'instabilité de Victor Blanchard conduit cependant D. P. Sémélas et Eugène Dupré vers d'autres projets. En mai 1920, ils fondent l'association Les Amis de Claude de Saint-Martin également dénommée Ordre Martiniste en s'adjoignant des anciens amis de Papus : Michelet, Chamuel, Béliard et Chaboseau. Cette association donna naissance au groupe Athanor, dirigé par Victor Émile Michelet. Dans quelques années, il sera à l'origine de l'émergence de l'Ordre Martiniste Traditionnel (1931).

 

Suite 

Biographies

A lire également, bio-graphies des Maîtres du passé :

L-C. de Saint-Martin

Martinès de Pasqually

Jacob Boehme

Papus

A. Chaboseau

V-E. Michelet