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7 – La Faculté des sciences hermétiques    

Papus veut rénover l'ésotérisme occidental : « puisqu'il existe des facultés où l'on peut apprendre les sciences matérialistes, pourquoi n'y en aurait-il pas une où l'on pourrait apprendre les sciences ésotériques ! ». C’est ainsi qu’il crée l’École supérieure libre des sciences hermétiques, un groupe donnant des cours et des conférences pour faire connaître aux chercheurs les valeurs de l'ésotérisme occidental.

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Ce cercle extérieur de l'Ordre Martiniste deviendra plus tard le Groupe indépendant d'études ésotériques, puis l'Ecole hermétique et de faculté des sciences hermétiques. Les cours y sont nombreux et les sujets étudiés vont de la kabbale à l'alchimie et au tarot, en passant par l'histoire de la philosophie hermétique, soit environ une douzaine de cours par mois.Les professeurs les plus assidus sont Papus, Sédir, Victor-Emile Michelet, Barlet, Augustin Chaboseau, Sisera... Une section particulière étudie les sciences orientales sous la direction d'Augustin Chaboseau. Une autre, présidée par François Jollivet-Castelot, se consacre à l'alchimie : c’est la Société alchimique de France.

8 – L'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix

Si les Martinistes organisent un cercle extérieur, le Groupe indépendant d'études ésotériques, ils créent aussi un cercle intérieur, l'Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix. Le 5 juillet 1892, cet Ordre s’allie au Martinisme par un traité. Pour Stanislas de Guaita d’ailleurs, « le Martinisme et la Rose-Croix constituent deux forces complémentaires, dans toute la portée scientifique du terme ». Cet Ordre avait été rénové en 1889 par Stanislas de Guaita et Joséphin Péladan. Il devint alors strictement réservé aux Martinistes titulaires du grade « S.I. ».

L'Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix avait pour rôle de parfaire la formation des Martinistes. Il se divisait en trois degrés d'études sanctionnés par des diplômes de : Bachelier en kabbale, Licencié en kabbale et Docteur en kabbale. Après le décès de Stanislas de Guaita en 1897 (soit 8 ans après sa création), F.-Ch. Barlet sera désigné à la direction de l'Ordre mais n'exercera jamais sa fonction, et l'Ordre tombera plus ou moins en sommeil. Il sera repris sans succès par Papus jusqu'à la première Guerre mondiale en 1914.

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9 – L'Église Gnostique

Pour répandre l'Illuminisme, les Martinistes n'hésitent pas à s’allier à d'autres sociétés initiatiques. Ainsi, en 1908, Papus organise un grand Convent spiritualiste international à Paris, manifestation qui ne réunit pas moins d'une trentaine d'organisations. Hélas, dans ses nombreuses alliances, Papus se laisse parfois déborder par la fougue de ses collaborateurs. Ainsi en fut-il avec l'Église Gnostique. On prétend souvent que cette dernière, fondée par Jules Doisnel vers 1889, à la suite d'une expérience spirite, devint « l'Église officielle » des Martinistes.

En fait, il n’en est rien et l'importance de cette alliance a été grossie par certains pseudo-successeurs de Papus. S'il se lia à de nombreuses organisations : Les Illuminés, Les Babistes, le Rite Ecossais, ou Memphis Misraïm, l'Ordre Martiniste n'en garda pas moins son indépendance. En 1897, sans doute pour remplacer l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix tombé en sommeil, Papus, Marc Haven et Sédir fondent la mystérieuse Fraternitas Thésauri Lucis (F.T.L.) qui ne connaît qu’une existence éphémère.

A cette époque, il est courant d'appartenir à plusieurs organisations initiatiques en même temps. Beaucoup en abusent et certains sont contaminés par une terrible maladie guettant les pseudos-initiés, la « cordonite », c’est-à-dire l’amour des décorations et des grades en tout genre.

Papus et la plupart des dirigeants martinistes avaient pris des responsabilités importantes dans la Franc-Maçonnerie égyptienne du rite de Memphis-Misraïm. A côté des 97 degrés de ce rite, les quelques grades du Martinisme semblaient bien pauvres ! Certains Martinistes, aveuglés par les titres mirobolants des grades de Memphis-Misraïm, ne prirent même plus le temps d'étudier leur propre Tradition. Beaucoup se noyèrent dans une sorte de syncrétisme initiatique et oublièrent le but de l'initiation, ses fondements, pour se perdre dans ses formes

10 – Les premières difficultés

Si Papus avait parfaitement réussit à donner au Martinisme une structure internationale, il n'était guère parvenu à le relier au système philosophique qui en constituait la source, celui élaboré jadis par Louis-Claude de Saint-Martin, selon la doctrine de Martinès de Pasqually. La cause de cet échec repose sans doute sur l'héritage trop fragmentaire qui lui fut légué par ses prédécesseurs, le « pauvre dépôt, constitué par deux lettres et quelques points ». A la lecture des ouvrages de Papus, en particulier celui intitulé Louis-Claude de Saint-Martin, sa vie, sa voie théurgique, son œuvre, ses disciples (Chamuel, 1901) on sent qu'il n'en possède pas toutes les clés. Il confond souvent le Martinisme avec l'occultisme, la kabbale avec l'ésotérisme chrétien spécifique du Martinisme.

BlitzEn 1901, le responsable de l'Ordre pour les États-Unis, le docteur Edouard Blitz, envoie à Papus un Mémoire confidentiel qui souligne avec raison les confusions de Papus. Ce dernier n'apprécie guère, et les deux hommes se brouillent. Edouard Blitz venait de réaliser de nouveaux rituels pour l'Ordre. Papus les conservera et lors de leur mise en circulation en 1911, il en attribuera la création à Teder.

Dès 1907, Victor-Emile Michelet prend une demi-retraite et Sédir, l'un des meilleurs collaborateurs de Papus, influencé par Philippe de Lyon (1849-1905), se retire du Martinisme en 1910. Beaucoup de membres s'intéressant au magnétisme ont rejoint l'École de Magnétisme fondée par Henri Durville, un ami de Papus. Philippe de Lyon lui-même prend la direction de la filiale lyonnaise de cette l'École de Magnétisme. Depuis 1889, Papus avait réussi à maintenir l'Initiation, une revue mensuelle. A partir de 1912, cette dernière connaît des difficultés, et en septembre 1912, elle publie avec beaucoup de retard un numéro triple qui regroupe juillet-août-septembre. Ce sera sa dernière parution.

 

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Biographies

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