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Le Martinisme à la Belle-Époque

martinisme moderne

À la fin du XIXe siècle, le spiritisme intéresse tous les esprits curieux. Camille Flammarion, Victorien Sardou et Pierre-Gaëtan Leymarie sont les premiers à seconder Allan Kardec dans ses expériences de « tables tournantes ». Pierre-Gaëtan Leymarie (1817-1904) est un disciple zélé. Après la mort d’Allan Kardec, il prend la tête du spiritisme et assure la direction de La revue Spirite.

Comprenant que ses contemporains ne sont guère préparés pour accueillir les nouvelles sciences psychiques, il estime urgent de développer la culture générale des Français. Dans cet objectif, il seconde, en compagnie de sa femme, son ami Jean Macé à la fondation de la Ligue de l'Enseignement.

Il entraînera bientôt dans cette voie le fils de l’un de ses amis, Augustin Chaboseau (1868-1946). Ce jeune homme est alors étudiant en médecine. Pierre-Gaëtan Leymarie l’incite à se présenter à l’Hôpital de la Charité dans le service du docteur Luys qui fait alors des expériences sur l’hypnose.

Augustin Chaboseau se rend à la Charité et c’est là qu’il rencontre un autre étudiant, Gérard Encausse, le futur Papus (1865-1916). Les deux hommes sympathisent et au fil de leurs discussions se rendent compte qu’ils sont tous les deux dépositaires d’une même initiation les reliant à Louis-Claude de Saint-Martin.

1 - Papus

Papus doit son intérêt pour l'ésotérisme à la découverte des œuvres de Louis Lucas, chimiste, alchimiste et hermétiste. Passionné par l'occultisme, il étudie les livres d'Eliphas Levi. Il entre en contact avec le dirigeant de la revue théosophique Le Lotus Rouge, Félix Gaboriau, et fait la connaissance d’Albert Faucheux (Barlet) un occultiste érudit.

papusDès 1887, Papus adhère à la Société Théosophique, fondée quelques années auparavant par Madame Blavatsky et le Colonel Olcott. On admet généralement que Papus et Augustin Chaboseau entrèrent dans le Martinisme par des filiations différentes. Celle de Papus vient d’Henri Delaage, tandis que celle d’Augustin Chaboseau passe par Amélie de Boisse-Mortemart. Papus indiquait en effet qu’il avait été initié par Henri Delaage (1825-1882) alors qu’il n’était qu’un jeune homme de 17 ans.

Quelques mois avant sa mort, nous dit Papus : « Delaage voulut donner à un autre la graine qui lui avait été confiée et dont il ne pouvait tirer aucun fruit. Pauvre dépôt, constitué par deux lettres et quelques points, résumé de cette doctrine de l'initiation et de la trinité qui avait illuminé tous les ouvrages de Delaage. »

Papus présente son initiateur comme ayant été initié par le chimiste Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), son grand-père, dont il fait un disciple de Saint-Martin. On ignore si le célèbre chimiste, conseiller d’État, ministre du Consulat et de l’Empire, fut réellement en relation avec Louis-Claude de Saint-Martin. On sait cependant qu’il avait été initié dans la Franc-Maçonnerie vers 1789 à la loge La Parfaite Union, à l’Orient de Montpellier.

Henri Delaage n’a jamais prétendu avoir été initié par son grand-père. D’ailleurs, au moment de la mort de ce dernier, il n’a que sept ans. Aussi, la tradition veut qu’entre Henri Delaage et Jean-Antoine Chaptal ait existé un initiateur dont le nom ne nous est pas parvenu. Cependant, nous pensons qu’une nouvelle hypothèse peut aujourd’hui être formulée.

En effet, il est plus probable que ce soit son propre père, Clément Marie-Joseph Delaage (1785-1861), qui l’initia au Martinisme. Son père, avait été initié dans la Franc-Maçonnerie à la loge La Constante Amitié de Caen. Alors qu’il était à Paimbeuf, en 1811, il fut mandaté auprès du Grand Orient par un groupe de francs-maçons pour créer la loge des Sectateurs de Memphis.

Comme le montre la correspondance qu’il échange alors entre mars et août 1811 avec Charles Geille de la Ciotat, il connaissait assez bien la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin pour donner à son interlocuteur des conseils de lecture sur les ouvrages du Philosophe Inconnu. Charles Geille semble d’ailleurs avoir été lui-même très au fait de pratiques théurgiques similaires à celles que prônait Martinès de Pasqually.

A la lecture de cette correspondance, Paul Vulliaud précise : « nous devons bien convenir, en effet, que la tradition martiniste se perpétue par initiation livresque et individuelle » (Histoire et portraits de Rose-Croix, 1987). En 1815, il fut inspecteur des douanes à Cherbourg, puis en 1825, c’est-à-dire au moment de la naissance de son fils Henri, Inspecteur principal des douanes à Rouen. Il occupa ensuite les fonctions de Receveur principal des douanes au Havre.

Nommé Chevalier de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur, il mourut au Havre en 1825, où il fut enterré avec les honneurs dus à son rang. Henri dira de son père qu'il « était si versé dans la connaissance des choses divines, que le Pape Grégoire XVI l'avait nommé membre de la commission chargée d'examiner les titres du fondateur des Frères des écoles à la canonisation » (La science du vrai, 1882).

2 – Henri Delaage

dalaageHenri Delaage a écrit son premier livre, Initiation aux mystères du magnétisme, en 1847. Ardent défenseur du magnétisme, dans lequel il voit un moyen de ramener les hommes de son époque à la foi, il traitera de ce sujet dans plusieurs ouvrages. En 1852, alors qu’il est initié à la Franc-Maçonnerie depuis peu, il évoque la symbolique des disciples d’Hiram dans Doctrines des sociétés secrètes. Le F... Leblanc de Marconnay lui reproche alors d'avoir « exposé aux yeux des profanes les mystères des divers grades maçonniques ».

Il est appelé à la barre du Grand Orient devant le Grand Jury, pour s’expliquer. Il sera condamné à l’exclusion des loges pour un an. Delaage est l’une des figures les plus curieuses de son époque. Homme de bien, il était connu du tout Paris. Eliphas Lévi voyait en lui un thaumaturge méconnu. Henri Delaage, comme son père et son grand-père, était Franc-Maçon. Mais est-il Martiniste ?

Selon Papus : « Delaage poussa le respect du secret jusqu'à ne pas parler de l'origine de son initiation dans ses livres, et c'est à ses intimes qu'il se plaisait à parler à cœur ouvert du Martinisme ».

Camille Flammarion, dans une lettre à Papus du 19 janvier 1899, indique qu’il a été en fréquentes relations avec Henri Delaage de 1860 à 1870, et il précise : « je me souviens qu'il m'a souvent parlé de son grand-père le ministre Chaptal, et de Saint-Martin (le philosophe Inconnu), que son grand-père connaissait particulièrement. Il s'était occupé aussi lui-même, avec Matter, de la doctrine du Martinisme, sur laquelle ce dernier auteur a publié un ouvrage à la librairie académique Didier, où je l'ai aussi quelquefois rencontré ».

Papus indique que « quelques mois avant sa mort, Delaage voulut donner à un autre la graine qui lui avait été confiée et dont il ne pouvait tirer aucun fruit. Pauvre dépôt, constitué par deux lettres et quelques points, résumé de cette doctrine de l'initiation et de la trinité qui avait illuminé tous les ouvrages de Delaage. Mais l'Invisible était là, et c'est lui-même qui se chargea de rattacher les ouvrages à leur réelle origine et de permettre à Delaage de confier sa graine à une terre où elle pouvait se développer ».

 

 

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