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Augustin Chaboseau

1. Introduction
Lorsqu'on évoque l'Ordre Martiniste, un nom vient immédiatement à l'esprit, celui de Papus. On oublie trop souvent que ce mouvement spiritualiste rassembla de brillantes personnalités sans lesquelles cet Ordre n'aurait probablement pas connu le succès que nous savons. Si certains collaborateurs de Papus, comme Stanislas de Guaita, F.-Ch. Barlet (Albert Faucheux), Sédir (Yvon Leloup), nous sont bien connus, d'autres comme Victor-Emile Michelet et Augustin Chaboseau sont restés dans l'ombre. Victor-Emile Michelet nous est mieux connu depuis que Richard E. Knowles lui a consacré un livre, quant à Augustin Chaboseau, il reste ignoré des biographes. Ce Serviteur Inconnu cache pourtant un personnage aux multiples talents. S'il est vrai que Papus fut l'organisateur du Martinisme moderne, on oublie souvent qu'il eut un associé, Augustin Chaboseau, et qu'on doit considérer ce dernier comme le cofondateur de l'Ordre Martiniste. Il est donc temps de faire plus ample connaissance avec cette personnalité attachante, à la fois pour sa contribution à la pérennité d'un Martinisme Traditionnel et pour sa qualité d'humaniste.
La découverte récente des archives de la famille d'Augustin Chaboseau nous a permis de rédiger cette biographie. L'essentiel des informations contenues dans cet article est extrait de textes écrits par Rosalie Louise Chaboseau quelque temps après la mort de son mari. Nous utiliserons aussi un ensemble de notes manuscrites qu'Augustin Chaboseau avait soigneusement épinglées lui-même par petites liasses et qui étaient destinées à composer son journal sous le titre de : Mon livre de bord, soixante ans de navigation littéraire et politique.
2. La Famille Chaboseau
Pierre-Augustin Chaboseau est né à Versailles le 17 juin 1868. Son double prénom nous renseigne sur ses origines. Il hérita du premier, Pierre, à la suite d'une longue tradition familiale en vigueur depuis le XIIIe siècle. En effet, vers 1220, le duc Pierre Ier se serait un jour arrêté dans une chaboissière et aurait servi de parrain au premier-né d'un ancêtre de la famille Chaboseau. Depuis cette époque la tradition veut que, dans la famille, le fils aîné de chaque génération porte le prénom de Pierre. La famille Chaboseau (autrefois écrit : Chaboseau de la Chabossière) plonge ses racines dans la noblesse française et Pierre-Augustin aurait pu faire suivre son nom des titres suivants : Marquis de la Chaboissière et de Langlermine, comte de Kercabus, Kerpoisson, de la Morinière, Trévenégat, la Bélinière, la Pommeraye ; baron de la Borde, L'Atrie, le Poreau, Rivedoux.
Les Chaboseau étaient aussi seigneurs de la Fuye, Procé, Bodouët, la Guionnière, la Tillerolle, Saint-André, Kerlain, Kerfressou, Kernachanan, terres nobles du Poitou, de Vendée, de Maine et Loire, Mayenne, Sarthe, de Bretagne, Loire inférieure, Ille et Vilaine, Orne et Côtes du Nord. Pendant la Révolution française, le titulaire de ces titres les brûla sur « l'autel de la raison » et fut ruiné.
Augustin n'utilisa jamais le prénom de Pierre pour signer ses œuvres, qu'elles soient poétiques, littéraires, scientifiques ou historiques. Il n'utilisa que celui d'Augustin. Son second prénom, celui d'Augustin, lui fut donné par sa mère, Elisa-Célestine (1847-1920) en souvenir de son père, Antoine-Augustin Lepage, à qui elle vouait un véritable culte. Auguste-Marie Chaboseau (1835-1898), père d'Augustin était un militaire et sa carrière exigea de fréquents déménagements. Ces voyages ne furent jamais un handicap pour les études du jeune homme. Il faut dire que le jeune Augustin manifesta rapidement une aptitude hors du commun à l'étude. Le travail du lycée ne pouvait guère combler son appétit intellectuel. Il dévorait tous les livres des bibliothèques scolaires et ceux que parents et amis mettaient à sa disposition.
3. La jeunesse
A l'âge de quatorze ans, il avait déjà lu la Bible entièrement. Cette lecture bouleversa le jeune adolescent au point qu'elle fut le point de départ de ce qui restera tout au long de sa vie une préoccupation majeure : lire, étudier et comparer les textes sacrés de toutes les religions. Il consacra les vacances de Pâques de l'année suivante à la lecture du Coran. Rentré au lycée du Mans, c'est le dictionnaire des sciences philosophiques d'Adolphe Frank qu'il lit et relit, en ayant soin de prendre de nombreuses notes. Puis c'est le dictionnaire des littératures rédigé sous la direction de Vapereau qui retient son attention. Il précise dans son journal : « ce que j'ai appris grâce à Franck et Vapereau durant cette année scolaire 1882-1883 est la base ce que j'appelle mon érudition ». L'année suivante il se plonge dans L'Imitation de Jésus-Christ. L'élève Augustin Chaboseau est-il un surdoué ? Il est difficile de l'affirmer, en tout cas, il possède des aptitudes hors du commun dans certaines matières.
« Les Français, disait Augustin Chaboseau, conçoivent que l'on ait une vocation irrésistible pour la musique, le dessin, la peinture... mais personne n'a jamais admis, pour le polyglottisme, une prédestination analogue et pourtant... Avant mon entrée au Lycée, ma mère avait commencé mon initiation à l'anglais, mon père avait fait de même pour l'allemand, et l'on m'avait confié à un bachelier tout frais émoulu, pour qu'il m'enseignât ce qui, en matière de latin, correspondait au programme de la huitième. Excellente préparation mais insuffisante pour expliquer que dès mon arrivée en septième, je fus le meilleur élève pour le latin et l'allemand, et dès mon passage en sixième, le meilleur pour le grec, et tout cela sans la moindre peine, je puis même dire sans le moindre effort. Il en alla pareillement, au cours des cinq ou six années suivantes pour ce qui concernait l'italien, le provençal, le catalan, l'espagnol, le portugais, d'autre part le flamand et le néerlandais. Quand je vins à Pau, il ne me fallut que quelques semaines pour me familiariser avec le béarnais, puis, naturellement, le gascon. Après l'enseignement secondaire, je me plongeai jusqu'au cou dans le sanscrit. Un Russe m'enseigna sa langue en quelques mois, et en conséquence je ne tardai guère à traduire tout ce que je voulais du polonais et du serbe ».
Il apprit plus tard le breton, l'espéranto et lisait également le sanscrit et le pâli.A ce don des langues, il convient d'ajouter celui qui lui venait de son père, la musique. Dès l'âge de six ans, il prit des cours de piano et toute sa vie il garda une passion pour la musique et le chant. Le départ de son père pour une autre garnison allait être l'occasion de rencontres lui ouvrant de nouveaux champs d'investigation. Malgré ce départ, le père d'Augustin voulait que son fils termine son année scolaire au lycée du Mans, aussi il le confia à son ami Jean Labrousse, qui, comme le père d'Augustin, était officier. Les Labrousse étaient des spirites convaincus et ils étaient très liés avec Pierre-Gaëtan Leymarie, le rédacteur en chef et le directeur de La Revue Spirite. Cette rencontre allait ouvrir l'esprit du jeune homme aux mondes invisibles et y déposer le premier germe des préoccupations mystiques.