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Véritables droits de l'homme

J'ai dit, dans l'un de mes écrits, que l'homme était la prière de la Terre. On peut découvrir dans ces paroles les véritables droits de l'homme, qui, d'après le modèle éternel, n'est rien moins que le mercure spirituel de ce monde et peut réactionner le soufre divin et le rapprocher et le réunir ici-bas à toutes les substances spirituelles-désordonnées dont ce soufre divin est séparé.
Oui, l'homme régénéré a le droit de faire monter jusqu'à Dieu les cris des malheureux mortels et l'expression des misères et des calamités de la Terre, comme il a le droit d'obtenir du ciel une réponse satisfaisante et des promesses consolatrices et de les rapprocher à ses tristes concitoyens.
Il a le droit, comme cela fut accordé à Jérémie 1 : 10., de citer spirituellement à son tribunal les mauvais rois ou les mauvais génies des nations, de les lier dans la privation, comme les souverains politiques le font dans leurs guerres humaines, qui ne tombent, les trois quarts du temps ; que sur des déplacements, changements, replacements d'autres individus à la tête des gouvernements.
Il a le droit de faire descendre d'en haut de meilleurs rois ou de meilleurs génies sur les peuples, pour les administrer selon la justice et leur procurer la paix de la sagesse et de la vérité ; privilège dont les pontifes chrétiens ont outrageusement abusé, en se prévalant de leurs titres et en n'exerçant qu'un simple pouvoir humain et figuratif, et encore, sur l'ordre purement terrestre et politique, au lieu d'exercer un pouvoir vif sur l'ordre vif des choses de l'esprit, comme c'était l'intention de la loi originelle de l'homme.
Il a le droit de combattre par l'esprit toutes les puissances visibles ou invisibles, humaines ou surhumaines, qui peuvent attaquer les peuples.
Il a le droit d'être le ministre et le représentant du Dieu suprême sur la Terre ; comme tel, il a le droit d'être admis à la confiance la plus intime de ce suprême Dieu et de pénétrer à toute heure et à tout moment dans Ses demeures les plus secrètes ; vérité dont certains officiers des rois terrestres répètent sensiblement la figure, par les privilèges qu'ils possèdent d'entrer à leur gré dans l'intérieur du palais de leur maître, et même par les marques ostensibles qu'ils portent de ces privilèges.
L'homme a le droit d'aborder ainsi le Souverain suprême, pour appeler ses regards sur les désordres et les maux spirituels des êtres.
Car Dieu est tellement épris de sa propre beauté et de Ses délicieuses qualités et vertus, que tout ce qui n'est pas lié à leur ravissante harmonie, Lui est comme étranger ; et l'homme de l'esprit, en se ramenant à Sa sublime simplicité naturelle et divine, a le droit de réveiller Dieu, pour ainsi dire, de cet enivrement divin, pour L'avertir des préjudices que souffre Son image extralignée et de Le déterminer à venir promptement la secourir et la tirer de l'angoisse où elle se trouve, soit individuellement, soit comme peuple, soit en général et comme famille universelle.
Les personnes intelligentes concevront ici que cette loi a lieu principalement pour les régions coagulées, comme est ce monde terrestre, tandis qu'elle est moins nécessaire dans les régions limpides, telle qu'était la circonscription des anges rebelles. Aussi Dieu fut-Il averti directement de leur rebellion, au lieu que, depuis leur chute, Il établit l'homme auprès d'eux comme son ministre, et que, depuis la prévarication de l'homme, Il a daigné conserver encore ce même ministère à l'homme auprès des hommes.
Il ne faut pas confondre non plus ce privilège de l'homme avec le sublime pouvoir des ministres purs et sans péché, qui ont servi de voie de communication à Dieu, entre le règne intérieur et le règne extérieur, antérieurement à toute prévarication, soit spirituelle, soit humaine.
L'homme étant placé dans la région altérée, ne peut transmettre au Maître divin que la connaissance des maux et des désordres, afin d'en obtenir le soulagement et le pardon ; au lieu que les ministres purs et sans péché dont nous parlons, habitent les régions de l'ordre et de la lumière ; ainsi, ils transmettent au suprême Souverain la connaissance de ce qu'il y a de bien dans les créatures, pour leur en obtenir la récompense et ils Lui transmettront, à la fin des temps, la connaissance de tout ce qu'elles auront opéré de salutaire dans cette région terrestre et dans les autres régions que nous ne voyons point.
Cependant, l'homme ne peut être admis à la jouissance de ses véritables droits, qu'autant qu'il est rentré dans la ligne de vie dont la chute l'a fait sortir et il ne peut rentrer dans cette ligne de vie qu'autant que l'éternelle parole a fait en lui sa résurrection ; et pour que cette parole fasse en lui sa résurrection, il faut qu'il exerce soigneusement et journellement sa parole à son véritable usage, s'il veut qu'elle parvienne en lui à un état d'activité permanent et efficace, sans lequel il est loin de sa destination et ne fait à tout instant que des oeuvres de mort.
Car le droit réel de l'homme est enfin de devenir, dans sa mesure, un véritable Christ et d'être ordonné comme Lui par la consécration éternelle du Dieu suprême, pour être un médiateur et un restaurateur des désordres dans l'espèce humaine et dans la nature ; c'est de se remplir, comme le Christ, de l'ardente soif de la justice ; c'est de désirer, comme Lui, que le douloureux baptême s'accomplisse, comme étant le seul qui puisse avancer le règne divin et nous faire rentrer dans la maison de notre Père. Sans cela, on peut bien se donner le nom de chrétien, mais on ne peut pas prétendre à celui de frère du Christ.
Or, il n'y a rien de plus difficile que de devenir le frère du Christ ; car, avant d'arriver à ce haut terme, il faudrait commencer par recouvrer notre vrai titre d'homme et tout nous apprend qu'il n'y a eu réellement, jusqu'à présent, qu'un seul homme dans le monde et que cet homme a été Jésus-Christ Lui-même, parce qu'Il est le seul qui ait été l'homme de la volonté.
Les autres ne sont hommes que par la chair, le sang, les ténèbres, l'amour propre et individuel ; ou bien, quand ils sont hommes selon l'esprit, ils ne le sont que temporellement et partiellement. Jésus-Christ est le seul qui l'ait été universellement ; aussi, Il est le seul qui puisse nous rendre hommes, soit partiellement, soit universellement, comme Lui.
C'est même de là que dérive une merveille inconnue dans le christianisme et qui consiste à ce que, par la virtualité de Celui qui, jusqu'à présent, a été réellement le seul homme sur la Terre, nous pouvons être, même pendant notre vie, ce que le Christ n'a pu être complètement qu'après Sa mort, c'est-à-dire que nous pouvons être, dès ce monde, des hommes divinisés et unis pour l'éternité avec le principe.
Il y a une intelligence bien profonde à retirer de ces réflexions, c'est qu'il serait possible aux hommes, par les rapports qui peuvent se trouver entre le Christ et nous, de se démontrer la réalité de la venue de Jésus-Christ et voici comment on y parviendrait :
Il n'y a que les puissantes affections du Christ qui puissent nous remplir complètement et contrebalancer en nous toutes les affections dépravées qui nous abusent pendant la vie et même toutes les vertus fausses qui servent de base et d'aliment universel au monde ; enfin, tous les maux physiques, moraux, naturels, civils et politiques auxquels nous sommes exposés pendant notre séjour sur la Terre.
Si, par l'expérience que le véritable homme de désir en peut faire, il est convaincu que tel est le privilège du Christ envers l'homme et qu'il sente, par le fait, que nulle autre puissance n'a le pouvoir de lui rendre ce service et que cependant, ce soit un service qui lui soit réellement rendu, quand il a le bonheur de persévérer avec constance dans la poursuite de sa renaissance, ce sera sans doute alors une démonstration positive que le remède est venu, puisqu'il obtient sa guérison.
Homme réfléchi, pèse ce que je te présente ici ; et toi, homme encore novice dans la sagesse, songe que ce ne sera point par des voies particulières que tu deviendras frère du Christ, quelque spirituelles qu'elles soient ; ce ne sera qu'en te renouvelant perpétuellement et en détail, tant extérieurement qu'intérieurement, que ce torrent immense et sanctificateur viendra t'inonder et t'absorber en Lui. ![]()
Extrait de : De l'esprit des choses t. 2 - Louis-Claude de Saint-Martin