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Instruction sur la Sagesse
Louis-Claude de Saint-Martin

Pleure, homme, laisse-toi aller à l'amertume. Apprends dans le frémissement de ta douleur ce que tu dois à ma justice ; apprends à juger de ton crime par le genre de ta punition, car c'est une de mes lois que tu sois tourmenté par l'endroit même où tu as péché, afin que ta faute ne sorte point de devant tes yeux.
Rappelle-toi, chaque jour de ta vie, ce qu'il t'en coûte pour obtenir quelques rayons de ma lumière, et tu verras jusqu'où je porte la vengeance contre celui qui m'outrage.
Tu habitais une demeure de paix et de clarté, tu t'es plongé dans un précipice de confusion et de ténèbres. Tu vivais, tu t'es dégradé jusqu'à te bâtir toi-même ton tombeau. Tu étais maître, étant formé à mon image, tu es devenu l'esclave des esclaves, le rebut de la terre et des cieux. Il n'est point de tourment et de persécutions que tu n'aies à souffrir de la part de ton ennemi, puisque tu lui as laissé prendre l'empire sur toi.
Il n'est rien qu'il n'emploie pour dévorer jusqu'aux moindres traces de vérité qui te restent. Il n'est pas content de t'avoir entraîné dans sa demeure ténébreuse, il voudrait encore t'y fixer à jamais.
Mais, homme, comme tu es toujours l'objet de mon amour, je n'ai point ôté mes yeux de dessus toi. Je t'ai puni comme mon enfant, afin que, lors même que tu éprouverais ma justice, tu sentisses encore plus ma miséricorde, et qu'enfin reconnaissant la grandeur de mon nom, tu t'humiliasses devant moi, et que tu rentrasses dans mon sein. Si j'avais voulu te perdre, je t'aurais entièrement séparé de moi, comme j'en ai séparé celui qui t'a fait prévariquer.
Au contraire, j'ai voulu te donner tout l'avantage du combat, je t'ai puissamment armé contre ton ennemi, j'ai répandu autour de toi abondamment les preuves de ma puissance, pour t'engager par des marques sensibles à n'adresser tes hommages qu'à moi, comme étant la seule à qui ils soient dûs et qui puisse te récompenser.
Ô mon fils, jusqu'où porteras-tu l'aveuglement et l'insensibilité. Jusqu'à quand oublieras-tu ce que j'ai fait et ce que je fais tous les jours pour toi ! Mes plus grandes merveilles t'occupent à peine ; mes fléaux ne t'épouvantent pas, ma voix tonnante ne te frappe pas, mes lois écrites partout en caractères ineffaçables ne t'en impriment pas.
Pourquoi donc aurais-je mis mon sceau dans ton cœur ? Non, je ne veux point que tu t'éloignes plus longtemps de moi, je veux te préserver de cet état de mort où tu t'enfonces à chaque instant. Je veux t'enseigner à observer mes œuvres, je veux que tu reconnaisses ma vérité à tous tes pas, alors tu n'hésiteras plus à me prendre pour ton guide, et ton âme avouera qu'elle ne peut être ferme et inébranlable qu'eun vivant éternellement selon ma loi. ![]()
Extrait de : Présence de Louis-Claude de Saint-Martin, « Instruction sur la Sagesse »
Tours, 1986, Sociétré ligérienne.