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L'Analogie

" Après avoir déterminé l’existence dans l’antiquité d’une science réelle, son mode de transmission, les sujets généraux sur lesquels elle portait de préférence son étude, essayons de pousser notre analyse plus avant en déterminant les méthodes employées dans la science antique que nous avons vue être la Science occulte (Scienta occulta).

Le but poursuivi était, comme nous le savons, la détermination de l’invisible par le visible, du noumène par le phénomène, de l’idée par la forme.

La première question qu’il nous faut résoudre, c’est de savoir si ce rapport de l’invisible au visible existe vraiment et si cette idée n’est pas l’expression d’un pur mysticisme.

Je crois avoir assez fait sentir par l’exemple du livre, énoncé précédemment, ce qu’était une étude du visible, du phénomène, comparée à une étude de l’invisible, du noumène. Comment pouvons-nous savoir ce que l’auteur a voulu dire en voyant les signes dont il s’est servi pour exprimer ses idées ?

Parce que nous savons qu’il existe un rapport constant entre le signe et l’idée qu’il représente, c’est-à-dire entre le visible et l’invisible. De même que nous pouvons, en voyant le signe, déduire sur-le-champ l’idée, de même nous pouvons en voyant le visible en déduire immédiatement l’invisible. Mais pour découvrir l’idée cachée dans le caractère d’imprimerie, il nous a fallu apprendre à lire, c’est-à-dire employer une méthode spéciale. Pour découvrir l’invisible, l’occulte d’un phénomène, il faut apprendre aussi à lire par une méthode spéciale.

La méthode principale de la Science occulte c’est l’Analogie. Par l’analogie on détermine les rapports qui existent entre les phénomènes.Étant donné l’étude de l’homme, trois méthodes principales peuvent conduire au but :

Ainsi, si nous considérons le poumon, la science du détail nous apprendra que cet organe reçoit de l’extérieur l’air qui subit en lui une certaine transformation.

Si nous considérons l’estomac, la même science nous apprendra que cet organe est chargé de transformer les aliments qu’il reçoit du dehors. La science du phénomène s’arrêta là, elle ne peut aller plus loin que la constatation du Fait.

L’analogie, s’emparant de ces données et les traitant par la généralisation, c’est-à-dire par la méthode opposée à la méthode du détail, formule ainsi les phénomènes :

Donc le poumon et l’estomac exerçant une fonction analogue sont analogues entre eux.
Ces conclusions paraîtront plus que bizarres aux hommes voués à l’étude du détail ; mais qu’ils se souviennent de cette nouvelle branche de l’anatomie qu’on appelle Anatomie philosophique (voy. Dr G. Encausse, l’Anatomie philosophique et ses divisions), qu’ils se rappellent l’analogie parfaitement établie entre le bras et la jambe, la main et le pied, et ils verront que la méthode qui m’a conduit aux conclusions ci-dessus n’est que le développement de celle qui a présidé à la naissance de l’anatomie philosophique.

Si j’ai choisi comme exemple l’analogie entre le poumon et l’estomac, c’est pour mettre en garde contre une erreur qu’on fait très souvent et qui ferme à tout jamais la connaissance des textes hermétiques celle de croire que deux choses analogues sont semblables.

C’est entièrement faux : deux choses analogues ne sont pas plus semblables que le poumon et l’estomac ou la main et le pied. Je répète que cette remarque est on ne peut plus importante pour l’étude des sciences occultes.

La méthode analogique n’est donc ni la déduction, ni l’induction ; c’est l’usage de la clarté qui résulte de l’union de ces deux méthodes. Si vous voulez connaître un monument, deux moyens vous sont fournis :

  1. Tourner ou plutôt ramper (voyez E. Poë, Eureka, p. 10 à 29, trad. Baudelaire) autour du monument en étudiant ses moindres détails. Vous connaîtrez ainsi la composition de ses plus petites parties, les rapports qu’elles affectent entre elles, etc., etc. ; mais vous n’aurez aucune idée de l’ensemble de l’édifice. Tel est l’usage de l’induction ;
  2. Monter sur une hauteur et regarder votre monument le mieux qu’il vous sera possible. Vous aurez ainsi une idée générale de son ensemble ; mais sans la moindre idée de détail.

Tel est l’usage de la méthode de déduction.

Le défaut de ces deux méthodes saute aux yeux sans qu’il soit besoin de nombreux commentaires. A chacune d’elles il manque ce que possède l’autre ; réunissez-les et la vérité se produira, éclatante ; étudiez les détails puis montez sur la hauteur et recommencez tant qu’il le faudra, vous connaîtrez parfaitement votre édifice ; unissez la méthode du physicien à celle du métaphysicien et vous donnerez naissance à la méthode analogique, véritable expression de la synthèse antique.

Faire de la métaphysique seule comme le théologien, c’est aussi faux que de faire de la physique seule comme le physicien ; édifiez le noumène sur le phénomène et la vérité apparaîtra !

« Que conclure de tout cela ?

« Il faut en conclure que le livre défiant, dans sa partie critique, démontre à tout jamais la vanité des méthodes philosophiques en ce qui concerne l’explication des phénomènes de haute physique, et laisse voir la nécessité où l’on se trouve de faire constamment marcher de front l’abstraction avec l’observation des phénomènes, condamnant irrévocablement d’avance tout ce qui restait dans le phénoménalisme ou le rationalisme purs. » (Louis Lucas, Chimie nouvelle, p. 21)

Nous venons de faire un nouveau pas dans l’étude de la science antique en déterminant l’existence de cette méthode absolument spéciale, mais cela ne doit pas encore nous suffire. N’oublions pas en effet que le but que nous poursuivons est l’explication, quelque rudimentaire qu’elle soit d’ailleurs, de tous ces symboles et de toutes ces histoires allégoriques réputées si mystérieuses. Quand, en parlant de l’analogie entre le poumon et l’estomac ; nous avons généralisé les faits découverts par la science expérimentale ou inductive, nous avons fait monter ces faits d’un degré.

Il existe donc des degrés entre les phénomènes et les noumènes, va-t-on me demander ?
Il suffit d’un peu d’observation pour s’apercevoir qu’une très grande quantité de faits sont gouvernés par un petit nombre de lois. C’est sur l’étude de ces lois considérées sous le nom de causes secondes que portent les travaux des sciences.

Mais ces causes secondes sont elles-mêmes gouvernées par un nombre très restreint de causes premières. L’étude de ces dernières est du reste parfaitement dédaignée par les sciences contemporaines qui, reléguées dans le domaine des vérités sensibles, abandonnent aux rêveurs de toute école et de toute religion leur recherche. Et pourtant c’est là que réside la Science.

Nous n’avons pas à discuter pour l’instant qui a raison ou qui a tort, il nous suffit de constater l’existence de cette triple gradation :

  1. Domaine infini des FAITS ;
  2. Domaine plus restreint des LOIS ou des causes secondes ;
  3. Domaine plus restreint des PRINCIPES ou des causes premières.

Résumons tout ceci dans une figure (tiré de La Mission des juifs, p. 31)

Cette gradation basée sur le nombre Trois joue un rôle considérable dans la science antique. C’est sur elle qu’est en grande partie fondé le domaine de l’analogie. Aussi devons-nous prêter quelque attention à ses développements.

Ces trois termes se retrouvent dans l’homme dans le corps, la vie et la volonté. Une partie quelconque du corps, un doigt, par exemple, peut être soustrait à l’influence de la volonté sans qu’il cesse pour cela de vivre (paralysie radiale ou cubitale) ; il peut de même être, par la gangrène, soustrait à l’influence de la vie sans cesser de se mouvoir.

Voilà donc trois domaines distincts : le domaine du corps ; le domaine de la vie exerçant son action au moyen d’une série de conducteurs spéciaux (le grand sympathique, les nerfs vaso-moteurs) et localisée dans le globule sanguin ; le domaine de la volonté agissant par des conducteurs spéciaux (nerfs volontaires) et n’ayant pas d’influence sur les organes essentiels à l’entretien de la vie. Nous pouvons, avant d’aller plus loin, voir l’utilité de la méthode analogique pour éclairer certains points obscurs et voici comment :

Si une chose quelconque est analogue à une autre, toutes les parties dont cette chose est composée sont analogues aux parties correspondantes de l’autre.

Ainsi les anciens avaient établi que l’homme était analogue à l’Univers. Ils appelaient pour cette raison l’homme microcosme (petit monde) et l’Univers macrocosme (grand monde). Il s’ensuit que, pour connaître la circulation de la vie dans l’Univers, il suffit d’étudier la circulation vitale chez l’homme, et réciproquement, pour connaître les détails de la naissance, de l’accroissement et de la mort d’un homme, il faut étudier les mêmes phénomènes dans un monde. […] "


 

Source du texte Extrait de : Papus, Traité élémentaire de sciences occultes, Paris, Georges Carré, 1889, Chap. II.

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