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Dieu, le Feu et l’avenir de l’Homme

" Dans la Bible, l’une des premières manifestations de Dieu est un buisson ardent : Moïse se dit : « Je veux m’approcher, je veux examiner ce grand phénomène : pourquoi le buisson ne se consume pas » (Exode, ch. 3 / verset 3). Mais la manifestation suivante est une voix qui sort de ce buisson qui ne se consume pas. Dieu est un Feu, mais un feu paradoxalement « ignifugé » !

Ce Dieu qui parle, c’est d’abord ‘eLoHiM au verset 2 précédent, avant de devenir à partir du verset 4 : YoD-Hé-VaV-Hé, le Dieu au nom imprononçable, parce qu’un Dieu UN n’a pas de nom propre, vu qu’il est Tout.

C’est alors qu’Il se présente ainsi à Moïse : ‘eHeYéH  ‘aSHeR ‘eHeYeH que l’on traduit par « Je suis qui Je suis » et également par « Je suis l’Être invariable ».

Dieu est Verbe, Parole-Énergie, Parole-Lumière, Parole éternelle… Dieu est bien un ÊTRE de toute éternité. Mais comment un seul et unique Dieu peut-il avoir plusieurs noms ?
Dans la Bible, il y a, entre le nom et celui ou celle qui le porte, une relation « substantielle », quelque chose qui va le lier à sa propre nature, et bien souvent à tout un programme de vie ou une mission à accomplir. Mais Dieu a des qualificatifs multiples dès lors qu’il s’extravase dans la dualité et la vie terrestre.

Le Tétragramme, ce nom formé de quatre lettres, « YoD-Hé-VaV-Hé » est formé sur les lettres du verbe « être », lisibles au passé, au présent, et au futur, d’où la traduction la plus courante : « Éternel ».‘eLoHiM a la particularité d’être construit au pluriel, avec le suffixe du pluriel masculin IM, comme si on écrivait « Dieus ou Dieux » avec un S ou un X à la fin, ce qui est un comble pour un Dieu unique, mais s’explique par ce que l’on qualifie de « pluriel de majesté ».

Le « Dieu d’Israël » affirme qu’il est à la fois Dieu de rigueur et Dieu du pardon : « ‘eLoHiM parla à Moïse et lui dit : je suis YHWH ». ‘eLoHiM représente la rigueur et YoD-Hé-VaV-Hé représente le pardon. En fait, Dieu est invariable et seul l’homme change ! Les noms divers pour désigner Dieu servent à chacun pour exprimer la manière dont il ressent la présence divine. Le Tétragramme, prononcé « Adonaï », représente Dieu exprimant Sa bonté, et les noms formés sur la racine EL suivis d’attributs, tels (El) SHaDaï ou (El) TSeVaoTH, expriment la transcendance divine.

Pour Hildegarde de Bingen, moniale du XIIe siècle, Dieu est perçu à travers Son « agir », et selon l’un de ses biographes, Pierre Dumoulin, son ouvrage le Livre des Œuvres divines pourrait être traduit du latin par « Livre de l’Agir divin ». La dynamique divine est Son Feu actuel et constant, source de vie essentielle irradiante. Hildegarde parle dans le Scivias (sa première œuvre) d’ « Energie ignée » pour signifier la « Lumière de Vie »” qui pénètre l’univers. Dieu est un Feu qui est Quelqu’UN !

Pour les chrétiens, l’Énergie divine est triple : « … elle est Éternité (le Père), Verbe (le Fils), Souffle de communion (l’Esprit) » (Scivias, vision 1). Toujours pour Hildegarde, Dieu n’est pas séparé, ni au-delà du monde, mais Il est le Cœur même de ce monde. Comme Feu vivant, Dieu est le Flamboyant suprême.

Que représentent dès lors les créatures spirituelles ? Les anges ne manifestent-ils pas la multiplicité des reflets divins, tels des prismes de diamant ciselés pour offrir leur miroitement aux hommes ? Les anges et la vie tout entière se mirent dans le Miroir divin. Notre âme en est le témoin privilégié, capable de refléter cette communion universelle et éternelle, d’incarnation en incarnation. L’homme est censé être supérieur à l’ange car il possède le libre arbitre.

Dans notre univers, les astres ont aussi une mission de lumière, à commencer par le Soleil, boule de feu et d’énergie par excellence. Le pharaon Akhenaton a rendu hommage à l’Astre des astres par un hymne évocateur : « Ô disque solaire, origine de la vie, dès que tu te lèves à l’horizon de l’Est, tu emplis la Terre entière de tes splendeurs. Tu es beau, puissant, étincelant, élevé au-dessus de l’univers. Tes rayons s’étendent jusqu’aux limites de tout ce que tu as créé. Ô RA, tu es loin, mais tes rayons parviennent jusqu’à nous… »

Dieu est énergie de Vie dans tous les aspects de la nature, même si elle nous semble parfois chaotique. Les forces cosmiques habitent la Terre comme des régulateurs, des transformateurs qui se combinent dans les Principes que sont l’Air, le Feu, la Terre et l’Eau. De même, l’âme anime le corps. Tout est interdépendant dans le jeu divin subtil des énergies cosmiques. Néanmoins, tout cela a une contrepartie au niveau planétaire, qui est l’utilisation consciente co-créatrice du libre arbitre de l’homme. L’homme doit puiser dans son âme l’impulsion divine qui va le guider dans une vie intérieure. Cette vie intérieure est nécessaire pour, non seulement éclairer sa vie extérieure terrestre, mais aussi pour gérer l’univers dont il a hérité de son Créateur. Le concert harmonieux des mondes céleste et terrestre ne peut se faire qu’avec l’homme, en l’homme, par l’homme et pour l’homme.

Selon des études scientifiques, le cœur humain génère le plus fort champ magnétique dans le corps, mais des données transmises par des satellites ont pu démontrer que le champ magnétique terrestre serait influencé par les changements émotionnels éprouvés par sa population. Cela représente une expérience scientifique très intéressante en écho avec les expériences spirituelles. En effet, s’il est avéré que de puissantes émotions humaines collectives exercent un impact mesurable sur le champ magnétique terrestre, alors il va sans dire que le pouvoir de la prière ou de la méditation en groupe est prouvé. Donc, une onde globale de pensées créatrices émanant joie, paix, harmonie et amour ne peut qu’engendrer des ondes positives pour toute l’humanité et l’univers.

On n’insistera jamais assez sur la responsabilité des humains dans la gestion terrestre de la nature, des animaux et de lui-même. Le dynamisme igné de Dieu est contenu à la fois dans la science et la conscience, et toute dissonance impacte l’univers en entier. L’homme en devenir dans le jeu d’action-réaction, confrontation-compensation, vit dans le dualisme de l’espace-temps, mais son âme contient l’éternité, et c’est avec cette éternité qu’il doit chercher la solution pour stabiliser et équilibrer les forces opposées de son monde physique et matériel. L’homme a en lui-même toute la Création, mais sa négligence le rend ignorant des énergies de son âme. L’ « homme du torrent » décrit par le philosophe Louis-Claude de Saint-Martin ne sait pas que « l’âme de l’homme est une pensée du Dieu des êtres ». Ne plus ignorer cela, c’est devenir peu à peu un “homme de désir” et sentir sourdre en soi ce ruisseau de feu divin qui nous traverse l’être.

« Oui, le cœur de l’homme est un foyer où toutes les paroles divines se pressent et s’accumulent, et où elles sont en une continuelle fermentation. C’est cette fermentation des paroles divines dans l’homme qui, par leur mutuelle réaction, produit le mouvement spirituel de notre âme… » (Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, n°19).

Ce « foyer » où fermentent en une alchimie spirituelle toutes les paroles divines, c’est le « focarum » en latin populaire, le lieu où l’on fait le feu et où on l’entretient pour cuire les aliments et se réchauffer. Ici, ce « foyer » est le réceptacle d’une nourriture spirituelle qui brûle en notre cœur par la foi. La « foi y est », pourrait-on dire par un simple jeu de mot. La Parole de Dieu est un Feu pour notre esprit, un baume réchauffant pour notre cœur. Ce désir naissant du Divin a besoin d’être entretenu dans l’âtre cardiaque comme une évidence exaltante de vie.

Si l’humanité entière développait une conscience éveillée et reliée au Divin, l’univers s’en trouverait régénéré dans une relation harmonieuse et amoureuse où toutes les âmes communiqueraient avec l’Âme universelle. Les Sages de toutes cultures, les mystiques de toutes teintes religieuses, sont-ils des utopistes, des idéalistes irraisonnables ?

L’illumination a dans l’inertie populaire une connotation de douce folie, et les spiritualistes sont encore une race d’hommes et de femmes qui génèrent sur leur passage des sourires ironiques. Bon nombre de choses ont néanmoins évolué et on entend parfois l’évocation (même sans conviction) des mots « karma », « réincarnation », et les « expériences de mort imminente » sont aujourd’hui des sujets d’étude par une partie du corps médical. L’infini de l’univers évoqué par les astronomes, l’infiniment petit des physiciens, les questionnements des philosophes et des scientifiques modernes marchent sur les traces de leurs illustres prédécesseurs de siècle en siècle. Nous avons évolué avec la matière et avec l’esprit, mais il manque encore la petite étincelle divine pour allumer la flamme fraternelle d’une compréhension spirituelle où l’univers serait respecté dans tous ses composants et ses règnes.

Le monde est en marche vers une évolution de conscience obligée, et tous les exilés du passé et de notre temps en sont le symbole vivant. Prenons garde, à l’aube de ce XXIe siècle, de ne pas rater ce rendez-vous près du buisson ardent, qui continue à irradier malgré nos regards embués de matérialisme et d’égotisme obstinés ! "


 

Source du texte Extrait de l’ouvrage Kabbale et connaissance de Josselyne Chourry

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