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— février 2010 —
 
 

Dieu nous a créés selon le corps et l'âme et de la triple vie

Jan van Ruysbroeck (1293-1381)

(extrait de : De la vraie contemplation vol. II)

Chap. 29

Que Dieu nous a créés selon le corps et l'âme ; et de la triple vie, à savoir : la contemplative, l'intérieure et l'active.

texteOr, nous croyons et confessons que Dieu tout puissant, notre Père céleste, est, dans sa nature, l'essence et la vie sempiternelle, connaissante et voulante ; et que, de sa libre volonté, il a créé de rien toutes choses, par son éternelle sagesse ; et cela selon l'exemplaire qu'il est lui-même.

Mais (Dieu) lui-même nous a donné la vie mortelle qui concerne le corps, à l'instar des autres animaux, et le corps lui-même, composé et agglomérat des éléments. Et selon l'âme, il nous a donné la vie éternelle, comme aux esprits angéliques, au-dessus du firmament.

Dieu a donc fait et composé l'homme de deux natures bien dissemblables et contraires entre elles, à savoir, de corps et d'âme, de chair et d'esprit, d'animalité et de raison ; et ce même (homme) vivant et mourant, mourant sur la terre, vivant dans les cieux, inférieur mais semblable à Dieu, et enfin image et figure de Dieu.

Mais Dieu lui-même, éternel et incréé, béatitude de tous les élus et la sienne propre, est aussi l'essence suressentielle de toute essence, la joie de tous les bienheureux, et le premier objet des esprits qui s'élèvent en leur simplicité (nudité).

Et la simple (nue) suressentielle béatitude embrasse en elle-même, dans la quiétude simple, indistinctement, selon sa suressence, les personnes divines ; et par la mort, les esprits ravis au-dessus d'eux-mêmes ; et là, il n'est ni temps ni lieu, ni premier ni dernier, ni voie ni sentier, ni possession ni désir, ni largesse ni grâce, ni vertu ni vice, ni exercice d'amour, ni pesanteur ni légèreté, ni lumière ni ténèbres, ni jour ni nuit, ni enfin quoique ce soit qui puisse être exprimé par la parole.

(Colos. 3.) Là, nous sommes morts à nous-mêmes en Dieu ; et notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Il n'y a là ni principe ni fin, et nul ne peut nous y trouver. Car ce n'est pas notre demeure ; puisque, au-dessus de tout ce qui est créé, nous nous élevons, en esprit avec Dieu, dans notre suressentielle essence, en la simple béatitude, qui n'est jamais connue que par elle-même.

Car, la quiétude, nul ne peut la rencontrer et la posséder, dans la suressentielle essence, si ce n'est les hommes illuminés et aimants dans la divine lumière, qui sont unis à Dieu dans l'amour ; et sont ravis avec lui par la mort (le retrait de l'esprit), dans la suressentielle quiétude (béatitude oisive) qui est Dieu lui-même.

Dieu en effet, selon son essence, est la quiétude sempiternelle. Mais connaître, aimer et vouloir sont ses actions éternelles. c'est-à-dire lui-même. Car il n'y a rien en lui qui soit passé ou futur ; mais toutes choses, lui sont à nu, découvertes et présentes.

Donc, comme je l'ai dit, selon l'essence Dieu est oisif, et sa nature fait et opère toutes choses, selon sa fécondité, ou en tant qu'elle est féconde.

Et le même Dieu a créé les Anges et les hommes pour cette dignité ; et, dès l'origine du monde, nous a donné son royaume, si nous vivons pour lui. Or, son royaume c'est lui-même. Et lui-même nous est proche, si nous le servons lui seul. Mais il a fait pour nous le ciel, la terre et toutes les créatures ; et il nous a donné, au-dessus de la raison, la liberté de l'esprit et la simplicité de l'âme, exempte d'images ; et si nous adhérons librement à lui, par inclination et propension, alors, nous nous élevons au-dessus de nous-mêmes, nous faisons avec lui un esprit, et nous nous unissons à lui dans l'éternelle charité, qui est lui-même.

Et c'est la vie appelée contemplative, appropriée à tous ceux qui savent se dégager des images, servir Dieu seul, et l'aimer librement en esprit. Ainsi, en effet, il demeure lui-même en nous, et nous en lui.

Il nous a aussi donné l'âme raisonnable ou intellectuelle, et la volonté libre ; et si vraiment nous abandonnons le péché et nous le méprisons, notre raison est éclairée d'en haut, et nous menons ainsi une vie agréable et plaisante à Dieu ; et lui-même vit en nous par sa grâce, et nous en lui par nos vertus.

Et, de la sorte, en croissant et progressant toujours de plus en plus, nous pouvons lui plaire et orner intérieurement toutes nos facultés de nouvelles vertus, les illustrer, les enrichir.

Et c'est la vie intérieure, studieuse des vertus ou vertueuse, qui est nécessaire à tous ceux qui veulent être sauvés.

Enfin, il nous fit hommes sensibles et mortels dans la chair et le sang, et revêtit notre âme vitale (vivante) d'un corps mortel, né de l'homme et de la femme, afin que nous le servions extérieurement dans l'abstinence, la pénitence, les bonnes moeurs et les oeuvres saintes, comme lui-même nous a servis, en tant que Dieu et homme, vivant et mourant, jusqu'au supplice même de la croix.

Et de même qu'il a obéi à son Père céleste, ainsi nous devons le suivre et l'imiter, (si nous voulons véritablement être ses disciples), porter notre croix, et de toutes manières nous renoncer.

Ainsi librement par le Christ, dans le Christ et avec le Christ, nous pourrons aller à son Père qui est aussi le nôtre, le servir et lui obéir jusqu'à la mort.

Nous devons être aussi obéissants et humblement soumis à notre raison, aux préceptes divins, aux saints Évangiles, aux divines Écritures, à la foi et à la loi chrétienne, à toutes les justes institutions, aux moeurs et coutumes que tous les bons chrétiens pratiquent et observent communément.

Et c'est la vie active, nécessaire à nous tous, si nous voulons suivre le Christ et régner avec lui dans son éternel royaume.

Or, quand ces trois modes d'exercices se rencontrent ensemble dans le même homme, il est semblable au Christ, le disciple du Christ, et il le suit jusque dans la vie éternelle.

C'est ce que j'ai résolu de démontrer et de prouver par la nature et la raison, les saintes lettres, les exemples, toutes les créatures, la vérité qui est Dieu lui-même, et toutes les oeuvres de Dieu depuis le commencement du monde.

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