Vers dorés
Gérard de Nerval
Eh quoi ! tout est sensible !
Pythagore
Homme ! libre penseur — te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
Tout est sensible ; – Et tout ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
A la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.
Souvent, dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.
Nerval, Œuvres complètes, « Les Chimères, Vers dorés », Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1951, t.1, p. 38-39.

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