Louis-Claude de Saint-Martin
Le cœur de l'homme, seul passage du mal
(extrait de L'Homme de désir, n° 146)
Si l'homme n'avait point négligé de méditer les lois du Seigneur, et de contempler ces objets sublimes de sa pensée, le mal n'aurait pu pénétrer jusqu'à lui ; et aujourd'hui même, s'il fermait son cœur à l'iniquité, elle n'aurait aucune issue, pour pouvoir se glisser dans le monde.
Apprenez ici un secret à la fois immense et terrible. Cœur de l'homme, tu es la seule issue par où le fleuve du mensonge et de la mort s'introduit journellement sur la terre.
Tu es le seul passage par où le serpent empoisonné élève sa tête ambitieuse, et par où ses yeux jouissent même de quelque lumière élémentaire ; car sa prison est bien au-dessous de la nôtre.
C'est par-là que, découvrant les biens qui nous environnent encore, il verse son venin sur les plantes salutaires qui nous sont accordées pour notre nourriture et notre guérison.
La barrière de l'iniquité est devenue semblable à l'iniquité même. L'homme a dit aux ténèbres : entrez librement, j'ai commandé à mes sentinelles de ne point s'opposer à votre passage. Suivez-moi, voyez et apprenez tout ce que vous désirez de connaître. Voici mon sceptre, voici ma couronne, voici tous mes trésors.
L'ennemi a saisi, d'un coup d'œil, toutes ces merveilles ; puis il les a employées pour l'avancement de son règne, tandis qu'elles ne devaient paraître que pour l'avancement du règne de la vérité. Il ne s'en est servi que pour transformer la terre vierge en un champ d'iniquité et de poisons.
Cœur de l'homme, quels siècles suffiront pour arracher de toi ce levain étranger qui t'infecte ? Entendez-vous les efforts douloureux et déchirants que font les mortels pour vomir cette semence de mort ?
Pleurons, puisque le cœur de l'homme, qui devait être l'obstacle des ténèbres et du mal, est devenu la lumière de l'abomination et le guide de l'erreur ! Pleurons, pour que le mal trouve fermées toutes les issues, et qu'il soit réduit à errer en aveugle dans l'épaisse nuit de ses ténébreuses cavernes !

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