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novembre 2004
 
 

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Pensées tirées

d'un manuscrit de Mr. de Saint-Martin

Rien n'est plus aisé que de savoir pourquoi la sagesse est une folie au yeux du monde, c'est qu'elle nous fait voir, par notre propre expérience, que le monde est une folie auprès d'elle. Car, quel est l'homme le plus désireux du vrai, qui n'ait pas eu des négligences dans sa marche et qui ensuite ne se soit pas regardé comme un fou, quand il a repris la ligne de la sagesse ?

Le seul mérite qui se trouve dans les prospérités et les joies de ce monde, c'est qu'elles ne peuvent nous empêcher de mourir.

Travaille pour l'esprit avant de demander la nourriture de l'esprit ; qui ne travaille pas, n'est pas digne de vivre.

Pères, le sort de vos enfants est entre vos mains, soit au physique, soit au moral : car votre parole est sacrée et si vous la maintenez dans sa fermeté et dans sa mesure, vous pouvez d'un mot chasser les maux et les vices de celui qui est votre image.

Le saint a quitté tout ce qui était en haut, pour venir nous rendre la vie ; et nous, nous ne voulons pas quitter tout ce qui est en bas, pour recouvrer la vie qu'il nous apporte.

L'homme d'un vrai désir est déjà arrhé pour le Seigneur.

Dieu est un paradis fixe, l'homme devrait être un paradis ambulant.

La prière est une échelle avec laquelle on peut s'élever jusque dans le ciel des cieux.

La paix se trouve bien plus dans la patience que dans le jugement ; aussi il vaut mieux pour nous être inculpés injustement, que d'inculper les autres, même avec justice.

N'aie rien en commun avec le monde ; il est trop savant dans les ignorances et dans les injustices.

Crois-tu avoir le droit de te réclamer à ton principe ? Tu as tout.

Heureux qui sait prévenir les tribulations ou au moins les supporter !

A force de dire, notre père, espérons que nous entendrons un jour dire, mon fils.

Si, après notre mort, ce monde-ci ne doit plus nous paraître qu'une féérie, pourquoi ne le regarderions-nous pas comme tel dès à présent ? La nature des choses ne doit point changer.

Dieu se conduit envers nous, comme voulant absolument nous forcer à l'aimer.

La mort n'est qu'une des heures de notre cadran et notre cadran doit tourner éternellement.

Les docteurs décrivent la nature, il n'y a que les sages qui l'expliquent.

Chasse de toi tous les vices ; développe envers ton prochain toutes les vertus ; demande à Dieu tous les secours : c'est par là que tu rempliras la tâche de l'homme.

Qu'il est doux de pouvoir se regarder, sans que notre haleine ternisse le miroir !

 

octobre 2004
 
 

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De l’Incarnation de Jésus Christ

Jacob Boehme

Exposée en trois parties, savoir :

1. Comment le Verbe éternel est devenu homme, et de la Vierge Marie ;

2. Que nous devenons entrer dans les souffrances, l’agonie et la mort de Christ ;

3. De l’arbre de la foi chrétienne

Extrait du Chapitre XIV -1 ère partie du livre

De la nouvelle naissance ; en quelle substance, essence, être ou propriété, la nouvelle naissance ou l’enfant de la vierge se trouve pendant qu’il gît encore dans le vieil Adam.

1. Puisque nous nageons en chair et en sang terrestres dans cette mer d’afflictions, et sommes devenus une source terrestre où nous sommes renfermés dans l’obscurité et le reflet, la noble base affective ne cesse de chercher sa vraie patrie où elle doit aller. Elle dit toujours : Où donc est Dieu, ou quand me sera-t-il pourtant permis de voir la face de Dieu ? Où donc est ma noble perle ? Où est l’enfant de la vierge ? Je ne le vois pourtant pas ; comment se fait-il donc que je m’angoisse ainsi après lui, puisque je ne puis le voir ? Je ressens bien la grande envie, le grand désir après lui, mais je ne puis rien voir qui apaise mon cœur ; je suis toujours comme une femme qui aimerait bien enfanter ; combien j’aimerais à voir mon fruit, qui m’est promis par mon Dieu ! Elle soupire toujours après le moment ; un jour appelle l’autre, le matin appelle le soir, la nuit de nouveau le jour ; elle espère dans la privation de voir enfin se lever la brillante étoile du matin qui amènera à la base affective son repos ; elle est comme une femme en travail d’enfant, qui espère toujours de voir son fruit, qui désire et soupire après le moment.

2. Ainsi nous en va-t-il, mes chers enfants de Dieu, nous nous en croyons éloignés encore et sommes pourtant dans ce travail ; nous engendrons ainsi avec grand désir, dans les tourments, et ne connaissons point la semence que nous engendrons, car elle est renfermée. Nous n’engendrons pas à ce monde ; comment donc voulons-nous voir le fruit des yeux de la chair, puisqu’il n’appartient pas à ce monde ?

3. Mais puisque nous avons obtenu la vraie connaissance de cet être, non selon l’homme extérieur, mais selon l’intérieur, nous nous en tracerons une ressemblance, tant pour le lecteur que pour notre propre satisfaction.

4. Lorsque nous considérons comme nous sommes doubles, avec double sens et volonté, nous ne pouvons mieux arriver à la connaissance qu’en considérant la création : Dans la grossière pierre qui gît sur le sol se trouve souvent le meilleur or ; là nous voyons donc comment l’or brille dans la pierre, qui est inerte cependant, et ne sait qu’elle renferme un si noble or. Ainsi en est-il de nous : nous sommes un soufre terrestre ; mais avec un soufre céleste dans le terrestre ; chacun retenant sa propriété. Ils sont bien mêlés dans ce temps, mais n’inqualifient point ensemble ; l’un est seulement l’habitacle et le contenant de l’autre, comme nous le voyons à l’or : la pierre grossière n’est pas l’or, mais son contenant (gangue) seulement. La grossièreté ne produit pas non plus l’or ; c’est la teinture du soleil qui l’engendre dans la pierre grossière : celle-ci est la mère et le soleil le père ; car le soleil engrosse la pierre brute, parce qu’elle renferme le centre de la nature d’où le soleil tire son origine. Si nous voulions poursuivre jusqu’au centre, nous l’exposerions ; mais comme cela a été suffisamment développé dans d’autres écrits, nous en restons là.

5. Ainsi en est-il de l’homme : l’homme terrestre représente la grossière pierre, et le Verbe qui devint homme, le soleil ; celui-ci engrosse l’homme corrompu pour cette cause-ci : l’homme corrompu pour cette cause-ci : l’homme corrompu est bien terrestre, mais il tient de l’éternité le centre de la nature ; il soupire après le soleil divin, car, lors de sa création, ce soleil entra dans la formation de son être. Mais la pierre grossière a débordé et englouti en soi le soleil, de façon qu’il est actuellement mêlé au soufre grossier et ne peut lui échapper, à moins d’une purification par le feu, qui fondant ce qu’il y a de grossier, met à nu le soleil. Applique cela au mourir et à la corruption : la grossière chair terrestre se fond et il ne reste uniquement que la chair virginale spirituelle.

6. Et comprenez bien ce que nous entendons ; nous parlons précieusement et véridiquement, comme nous le connaissons ; le nouvel homme n’est point un esprit seulement ; il est chair et sang ; de même que l’or dans la pierre n’est pas un pur esprit, mais qu’il a un corps ; non un corps de même nature que la pierre grossière, mais un corps qui résiste au feu du centre de la nature ; car le feu ne peut pas dévorer son corps, parce que l’or est d’un autre principe. Que ne sais-tu cela, ô homme terrestre ! Mais c’est et demeure à bon droit scellé, car la terre n’est pas digne de l’or, bien qu’elle le porte et l’engendre. L’homme terrestre n’est de même pas non plus digne du joyau qu’il renferme, et bien qu’il coopère à l’engendrer, il n’en est pas moins une terre sombre au prix de l’enfant de la vierge né de Dieu.

7. Et de même que l’or a un vrai corps, caché et prisonnier dans la grossière pierre ; ainsi a la teinture virginale, dans l’homme terrestre, un brai corps céleste, divin, en chair et en sang. Mais non une telle chair et un tel sang comme le terrestre : cela résiste au feu, traverse la pierre et le bois et n’est pas saisissable. Tout comme l’or pénètre la pierre grossière, sans la rompre ni se rompre soi-même, et sans que la pierre ait aucune perception de l’or ; ainsi en est-il du vieil homme terrestre : quand il reçoit le Verbe de la vie qui en Christ devint homme, il le reçoit dans le soufre corrompu de sa chair et de son sang, dans le centre virginal prisonnier de la mort, centre dans lequel Adam était une image virginale, avant que la terre sauvage lui couvrit son or de la claire substantialité divine, où alors le céleste dut demeurer dans la mort, dans le centre du feu. Dans ce centre, dis-je, et dans ce soufre, se mut le Verbe de la vie qui en Marie devint homme ; alors la substantialité prisonnière de la mort reçut une teinture vivante. Ici commence le noble or ou la céleste substantialité à reverdir de la mort et il a aussitôt en soi, dans le Verbe de la vie, l’Esprit saint qui là sort du Père et du Fils ; et la sagesse ou vierge céleste, fait comme un miroir ou une ressemblance de la divinité devant soi, comme un soufre pur, une chair et un sang purs, dans lesquels habite le Saint-Esprit ; non d’essence terrestre, mais bien divine, de la substantialité céleste. C’est là la vraie chair et le vrai sang du Christ, car ils croissent dans l’esprit de Christ, dans le Verbe de la vie qui devint homme, qui brisa la mort, alors que la teinture divine reverdit et engendra de soi l’être, car tout est né et provenu du désir de Dieu. Mais puisque Dieu est feu et lumière, il nous est assez reconnaissable d’où chaque chose tire son origine ; nous ne pouvons disconvenir que du bon et aimable ne soit provenu du bon ; car une bonne volonté désirante reçoit dans son imagination son égalité, elle se fait soi-même par la faim de son désir son similaire.
 
 
septembre 2004
 
 

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Charles Beaudelaire

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Baudelaire - Les Fleurs du mal, IV