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Les origines du Martinisme

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« Martiniste » est un terme qualifiant les membres d’un courant initiatique particulier. A l’origine, il désignait les membres de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohens de l’Univers, fondé par Martinès de Pasqually au XVIIIe siècle. Cette expression désigne aussi les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, qui perpétuent la doctrine de Martinès de Pasqually. Le titre de « Martiniste » qualifie plus spécialement ceux qui s’attachent à l’étude des œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin et plus encore ceux qui s’adonnent à cette étude dans le cadre de l’Ordre Martiniste, un mouvement initiatique fondé par Papus et A. Chaboseau dans le sillage du Philosophe Inconnu.

1 – Un mystérieux fondateur, Martines de Pasqually

L’Ordre des Élus-Cohens relève de ce que l’on appelle les « hauts-grades maçonniques ». Ces grades sont apparus dans la Franc-Maçonnerie au XVIIIe siècle. Entre 1740 et 1773, ils prolifèrent avec une certaine anarchie. Certains systèmes de hauts grades se constituent en Ordres indépendants. C’est le cas en France vers 1754 avec l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohens de l’Univers de Martinès de Pasqually (1710?-1774).

Bien que depuis quelques dizaines d’années on connaisse beaucoup mieux la genèse des divers systèmes de hauts-grades et la biographie de leurs fondateurs, il n’en est pas de même pour l'Ordre des Élus-Cohens. Les origines de son promoteur, Martinès de Pasqually, restent encore mystérieuses. Plusieurs auteurs comme René Leforestier (1858-1951) et Gérard Van Rijnberk (1875-1953) ont tenté d'en percer les secrets. Depuis, peu de découvertes importantes son venues s'ajouter à leurs travaux, si ce n'est celle de l'acte d'inhumation de Martinès par Jean Pinasseau en 1969 et celles de Christian Marcenne en 1996 à propos de sa carrière militaire.

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Le nom même de Martinès de Pasqually reste imprécis. En effet, il en varia l'orthographe et la composition plusieurs fois. Ainsi utilise-t-il parfois le nom de Joachim Dom Martinès de Pasqually, ou celui de Jacques Delivon Joacin Latour de La Case. Nous nous contenterons ici d'employer celui qui lui est généralement attribué : Martinès de Pasqually. Que fut sa jeunesse, nous l'ignorons encore. On ne sait rien sur ce que furent ses études et sa formation. Ses lettres montrent qu'il maniait fort mal la langue française. Certains rituels Élus-Cohens sont écrits entièrement en latin – ex. le De Circulo –, et la plupart des autres comportent des citations latines. Il est donc possible qu’il possédait une culture classique. D’après les documents déposés par Martinès chez Perrens fils, notaire à Bordeaux, il ressort qu’il a exercé la profession de militaire pendant une dizaine d’années, avec le grade de lieutenant. En 1737, il sert en Espagne, dans la compagnie du régiment d’Edimbourg-Dragons, commandé par son oncle, Dom Pasqually. En 1740, il est en Corse, où il participe à l’intervention française sous le commandement du marquis de Millebois. En 1747, il est au service de l’Espagne et combat en Italie.

2 – Emmanuel Swedenborg et Martinès de Pasqually

Papus, dans son livre Martinisme Willermosisme - Martinisme et Franc-Maçonnerie (1899), affirme que Martinès avait été initié par Emmanuel Swedenborg à Londres et chargé de répandre en France le système dont le voyant suédois était le créateur.

SwedenborgPapus, qui voulait que Swedenborg soit le créateur des Hauts Grades maçonniques, va jusqu'à dire que nous devons voir dans le Martinisme un Swedenborgisme adapté. Papus eut tort d'accorder crédit à une information qu'il puisa dans l'Othodoxie Maçonnique (1853) de Ragon. Ce dernier avait reprit, sans les contrôler, les éléments donnés par Marcello Reghellini dans La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne juive et chrétienne (1833). Cet auteur a dressé une biographie assez fantaisiste du fondateur des Élus-Cohens. D’après lui, Martinès serait d'origine allemande et serait mort centenaire. Il ne fait pas de Martinès un disciple de Swedenborg, mais indique que c'est ce philosophe suédois qui lui donna l'idée de créer un rite se rapportant à la théosophie biblique et chrétienne. On peut s'étonner que Ragon et Papus aient manqué à ce point d'esprit critique, car une étude, même rapide, des idées de Pasqualy et de Swedenborg montre qu'elles n'ont rien en commun.

Reghellini prétendait également que « le matériel lui a été fourni par les juifs talmudistes et par les chrétiens de Saint Jean, qui vivaient dans les lieux d'Orient qu'il avait visités pendant sa jeunesse ». Il parle des voyages de Martinès de Pasqually en Turquie, en Arabie et en Palestine, sans toutefois citer aucune source. Il faut avouer que Martinès, dans ses écrits et ses correspondances, n'a jamais fait état de tels voyages. Il semble donc impossible d'accorder le moindre crédit aux affirmations fantaisistes de Reghellini.

Le père de Martinès était franc-maçon. Il possédait une patente stuartiste qui lui fut accordée le 20 mai 1738. Cette Charte était transmissible à son fils. La carrière maçonnique du père de Martinès est assez floue. Il semble avoir été vénérable d'une loge à Aix en 1723. Dans ses lettres, Martinès de Pasqually parle parfois de l’origine des « quelques connaissance que mes prédécesseurs m’ont transmis ». C'est probablement de son père que Martinès reçut l'essentiel de sa formation mystique. Mais il dit aussi, « la Sagesse m'a enseigné », ce qui semble montrer que son savoir vient aussi de sa propre expérience spirituelle. Martinès adapta ses connaissances à son époque et au cadre qu'il avait choisi pour le diffuser, la Franc-Maçonnerie. L'étude de ses écrits, instructions, rituels etc, montre qu'il connaissait parfaitement la Bible et particulièrement l'Ancien Testament, qu'il cite fréquemment avec cependant de fréquents ajouts. Ces éléments, souvent empruntés à la tradition talmudique, montrent qu'il connaissait bien la religion de ses ancêtres.

3 – La kabbale

Bien qu’il soit erroné d’assimiler le Martinisme à la kabbale, le système de Martinès de Pasqually possède une certaine affinité avec le fonds général de la mystique juive. Par son père, Martinès est d'origine espagnole. Or, les kabbalistes étaient très présents en Espagne. Il est donc tout à fait possible qu’il ait côtoyé les kabbalistes espagnols. Martinès disait tenir ses connaissances d'un héritage ésotérique dont sa famille était en possession depuis trois cent ans. Sa famille aurait reçu ces documents de l'Inquisition, dont quelques-uns des membres de sa famille avaient fait partie. Nous ne savons hélas rien sur cet héritage. S'agit-il de documents renfermant des connaissances et des pratiques dont Martinès s'est fait le dispensateur, ou cet héritage lui venait-il d'une société initiatique à laquelle appartenait sa famille ?

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Jean-Baptiste Willermoz disait que Martinès avait succédé à son père qui vivait en Espagne ! Cette remarque laisse entendre qu'il exista probablement un petit groupe de « pré-Cohens » à l'époque du père de Martinès. Quoi qu'il en soit, l'Ordre constitué par Martinès est véritablement une création, ou au moins une réactualisation, puisqu'à la lecture des diverses correspondances du Maître avec ses disciples on assiste à la genèse d'un Ordre, qui même au moment de la mort de son fondateur n'est pas encore totalement opérationnel.

On peut dire qu'avec la mort de Papus, pendant la Première Guerre mondiale, l'Ordre Martiniste était en sommeil. Après l’armistice, d’une manière plus ou moins régulière, plusieurs de ses membres tentèrent de le faire revivre. C’est de ces organisations que descendent les diverses obédiences actuelles se réclamant du Martinisme.

Nous n’aborderons pas ici la philosophie martiniste, sauf quant elle est nécessaire pour comprendre les options prises par telle ou telle obédience, notre soucis étant essentiellement d’exposer la manière dont sont nés ces groupes. La période de l’histoire qui marque leur genèse reste souvent confuse. Il faut dire que plusieurs historiens ont pris plaisir à brouiller les pistes. Pour ne pas compliquer les choses, nous ne parlerons pas ici des divers petits groupes marginaux actuels, qui, du reste, n’ont souvent de martinistes que le nom.

A la lecture du Traité sur la réintégration des êtres, le texte dans lequel Martinès a résumé l'ensemble de sa doctrine, on constate des éléments qui enrichissent les récits du Traité trouvent leur source dans de la littérature talmudique, rabbinique et kabbalistique.

Bien des détails relèvent aussi de l'ésotérisme judéo-chrétien propre au christianisme primitif. On aurait donc tort de faire de Martinès un kabbaliste, car sa philosophie, tout comme sa théurgie ne sont pas spécifiquement kabbalistes. Elles doivent être classées davantage dans un christianisme qui a plus à voir avec le christianisme primitif qu'avec la religion catholique romaine, même si Martinès se réclame de cette dernière. En effet, Martinès pense comme un chrétien d'avant le premier Concile. Pour lui, le Christ est un prophète qui s'est incarné à travers le temps sous différent noms, de plus, il a une conception angélologique du Christ, autant de positions qui sont caractéristiques du judéo-christianisme. Si les divers mouvements judéo-chrétiens qui constituent la source du christianisme ont été marginalisés au sein de l'Eglise après les premiers Conciles, il n'en reste pas moins vrai que certains ont subsisté assez longtemps. Il est possible qu'une survivance judéo-chrétienne ait subsisté en Espagne et que Martinès soit l'un de ses descendants.

Selon les écrits de Martinès, la science des Élus-Cohens trouve son origine dans les instructions que Seth, le troisième fils d'Adam, aurait reçu d'un ange. Cette science enseigne la manière de conduire les rites propres à permettre à l'homme de se réconcilier avec Dieu. Les descendant de Seth et d'Enoch pervertirent cette connaissance, au point qu'elle était devenue inutilisable. Noé fut alors instruit sur cette science qui, depuis, se serait transmise jusqu'aux Élus-Cohens. Martinès prétendait que les rites perpétués par les Élus-Cohens venaient de cet héritage.

 

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